La Vieille Dame refroidie

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Juventus Turin – Milan AC : une affiche qui fait rêver non ? Même en janvier 2010, sur le papier, les grands noms sont toujours là. Les résultats aussi, les deux équipes se disputent la place de dauphin de l’Inter, parti vers un énième Scudetto. Et pourtant, le match est pauvre, les différences ne se font que sur coup de pied arrêté et nombre de joueurs déçoivent sur la pelouse du Stade Olympique de Turin. Et le tout se termine dans un mélange de fumée et de brouillard qui symbolise bien l’état du football italien actuel. Pour vous intéresser, je profite de cette analyse pour tester une nouvelle formule, à vous de juger !

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Le film du match (et ses commentaires) :

8ème : Premier corner de la rencontre en faveur d’une Juventus mieux rentrée dans son match grâce à son agressivité dans le camp adverse.
10ème : La domination (territoriale) turinoise  est telle que Buffon n’est pas apparu depuis le coup d’envoi.
12ème : Diego s’excentre sur l’aile gauche pour se créer la première « occasion » de la rencontre avec une frappe qui passe à gauche de Dida et de ses buts.
18ème : « Ah tiens, normal que l’on n’ait pas vu Buffon, c’est Manninger qui garde les buts. »
20ème : Daniel Bravo est un consultant pertinent : « les deux équipes se neutralisent sur trente mètres » au milieu de terrain.
21ème : « En fait, on a l’impression qu’il n’y a que sur les côtés que l’on peut voir du football. »
22ème : La Juve continue ses timides attaques qui se terminent à deux contre cinq dans la surface milanaise.
25ème : Première offensive milanaise partant d’une montée de Tiago Silva dans le camp adverse qui décale Beckham sur l’aile droite. Corner.
27ème : Ambrosini imite son défenseur, élimine Salihamidzic et se projette vers l’avant. S’en suit une série d’actions côté gauche et un autre corner.
29ème : Sur celui-ci, Melo manque son interception au premier poteau et Nesta reprend le ballon au second. 1-0 pour le Milan.
30ème : Melo tente de répondre à l’accélération d’Ambrosini quelques minutes plus tôt. Sans succès. « Pendant ce temps, Diego joue les points d’appui… »
38ème : Chiellini est à deux doigts de surprendre Dida d’un tacle rageur sur un corner turinois mal dégagé.
40ème : Diego est pris entre Gattuso, Ambrosini et Tiago Silva. « Et les ballons ont du mal à arriver. »
42ème : Ailiers sur la feuille de match, Salihamidzic et Marchisio redescendent pour tenter de donner la première impulsion. Diego toujours dos au but.
45ème : Nouvelle montée de Tiago Silva terminée par une frappe lointaine repoussée en corner par Manninger.

MI-TEMPS

46ème : La Juve repart avec d’autres intentions. Au lieu du simple Diego, ils sont cinq à soutenir Amauri sur la première action de la mi-temps.
49ème : Les organisations laissent enfin des espaces. Beckham trouve un bel angle de transversale pour Antonini, son latéral gauche.
50ème : Comme en première période, Diego se montre en dézonant côté gauche et permet le décalage de Marchisio mais l’offensive n’aboutit pas.
53ème : Suivi de près pendant toute la première période, Pirlo a désormais plus de libertés dans l’entrejeu.
55ème : Le Bidon d’Or, Felipe Melo, envoie un scud en touche. A la base, cela devait ressembler à une passe.
59ème : Salihamidizic sort pour Del Piero. « Si l’Italien prend le rôle de Diego qui se replace plus bas, ça peut aller mieux pour la Juve. »
62ème : Coup dur pour la Juve. Poulsen sort sur blessure, remplacé par De Ceglie. Marchisio recule, Diego passe…sur l’aile droite.
67ème : Pirlo prend ses aises à 40 mètres des buts de Manninger et Borriello n’est pas loin de profiter d’une de ses ouvertures.

70ème : Pirlo s’engouffre sur l’aile gauche et obtient un corner. Ronaldinho le dévie au premier poteau et double la mise.
72ème :
« Diego a complètement disparu de la circulation. Alors qu’il retrouvait un physique d’après Bravo. Tué par la tactique, c’est possible ? »
76ème : Chiellini qui va soutenir ses attaquants, Cannavaro au marquage d’Ambrosini, on entre dans le dernier quart d’heure où les systèmes explosent.
76ème : Les supporters allument plusieurs foyers d’incendie dans les tribunes. La fumée et le brouillard couvrent une bonne partie du final du match.
84ème : Milan se balade dans les intervalles laissés par les Turinois dans l’entrejeu, rien à voir avec la première période.
87ème : De Ronaldinho à Beckham. Corner. De Beckham à Ronaldinho. 3-0 pour le Milan AC. Fermez le ban.
92ème : Premier arrêt de Dida de la mi-temps sur un coup-franc lointain de Del Piero.

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L’analyse (qui s’aide du film du match) :

Où va la Juve ? Quel est son projet ? Que veut-elle faire de Diego ? Début 2010, ces trois questions sont toujours d’actualité chez la Vieille Dame. Face à un Milan AC loin d’être brillant mais très appliqué derrière, les Turinois ont été quasi-inoffensifs de la première à la 90ème minute. Pourtant, le début de match est entièrement à leur avantage. Poulsen et les quatre offensifs de la Juve vont chercher très haut la relance milanaise qui est obligé de sauter le milieu de terrain pour atteindre les 30 derniers mètres de Manninger. Et pour cause, lorsque Pirlo et consorts tentent de ressortir proprement, ils tombent sous la menace d’une perte de balle rapide et d’une mise sur orbite de Diego, toujours dangereux à 40 mètres des buts adverses face à un bloc en phase de repli. Du coup, les prises de risque sont minimales : on balance depuis ses 30 mètres sur Borriello et on remonte le terrain en espérant qu’il s’en sorte ou on fait tourner le ballon de gauche à droite au milieu de terrain sans jamais réussir à trouver la profondeur, mis à part lorsque le trio « ailier-milieu-latéral » réussit un jeu en triangle. Face à ces Milanais attentistes, la Juve ne va rien montrer : obligé de donner le ton des débats, son jeu se résume à jouer les seconds ballons issus des duels gagnés par Amauri ou à prendre les ailes grâce aux apports de Grosso et Grygera. Si ces derniers trouvent quelques positions de centre, aucun n’aboutira sur un coéquipier, la faute à des situations de deux contre cinq, ou de trois contre sept dans la surface de Dida.

Cette infériorité numérique chronique dans la zone de vérité, elle est à mettre en relation avec la nature des milieux axiaux de la Juve : Poulsen est un récupérateur-harceleur et Felipe Melo n’est que l’ombre du joueur qu’il a été, désormais un simple défensif-physique. En face, si Gattuso n’a pas changé, Pirlo et surtout Ambrosini sont capables d’apporter leur écho aux attaques du trio Beckham-Borriello-Ronaldinho. Et ils ne vont pas s’en priver. Le duel gagné par Ambrosini (27ème) est peut-être le premier de la rencontre à l’avantage d’un porteur de balle au milieu de terrain. Quarante minutes plus tard, Pirlo fait la même et obtient le corner du 2-0. Ce genre d’accélérations, ni Poulsen, ni Melo n’ont été (ne sont) capables de les produire, tant et si bien que ce sont les ailiers, censés faire la différence dans les 30 derniers mètres, qui ont tenté de donner l’impulsion au milieu de terrain. Ne soyez du coup pas surpris de la solitude d’Amauri pendant une bonne partie de la rencontre. Et au milieu de tout ça, on tombe sur Diego au profil d’accélérateur que l’on connaît mais qui n’a pas eu de situations de ce genre à exploiter si ce n’est sur des ballons perdus par Milan au milieu de terrain (très peu si vous suivez). Non, Diego, on l’a plutôt vu en point d’appui dos au but ou sur les ailes pour s’extraire du marquage serré du milieu milanais. L’entrée de Del Piero aurait pu faire reculer le Brésilien mais la rapide blessure de Poulsen a peut-être empêché la mise en place de ce plan de jeu. Diego, dix en Allemagne, huit en Italie ? Ca me rappelle quelqu’un tiens…

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Ronaldinho/Beckham, les ailiers points d’appui

Les profils d’ailiers, on en connaît plein. Il y a le « tout droit » qui profite d’appels en profondeur pour déborder. Il y a le même genre en plus dribbleur pour la même finition. Il y a l’ailier inversé qui repique dans la surface façon Messi ou qui repique à 30 mètres des buts pour ouvrir le couloir à son latéral comme Marchisio et Salihamidzic côté Juventus sur ce match. Dans le camp d’en face, Ronaldinho et Beckham était dans un rôle beaucoup plus atypique puisqu’ils jouaient comme de véritables points d’appui collés aux deux lignes de touche. Jeu en triangle avec leurs latéraux (Antonini et Abate) et leurs milieux de terrain (Ambrosini, Gattuso ou Pirlo), centres en profondeur ou ballon dans le dos des défenseurs pour Borriello, leur credo était surtout de libérer la balle le plus rapidement possible lorsque le soutien était présent. Sans le ballon, quelquesoit l’équipe l’ayant d’ailleurs, les deux stars restaient le long de leur ligne de touche, soit pour offrir une solution de changement de jeu rapide en cas de récupération, soit pour étirer la défense turinoise en phase de construction. Pour faire simple, leur rôle atypique d’ailier qui ne déborde pas à une part prépondérante dans le style de jeu du Milan sur ce match, un style lent mais appliqué qui fait participer et remonter tout le bloc au fur et à mesure des combinaisons sur les ailes. 

Borriello/Amauri, le duel à distance

Je l’ai évoqué dans l’analyse. Les deux équipes ont fait des longs ballons vers leur attaquant l’une de leurs armes principales pour remonter le terrain et porter le danger dans le camp adverse. S’il ne pèse pas sur les trois buts du résultat final, Marco Borriello a réalisé un match plein, à l’inverse de son vis-à-vis de la Juventus. Même s’il a perdu beaucoup de duels, l’attaquant du Milan s’est surtout montré très inspiré dans ses choix au moment de conserver le ballon. Là où Amauri semblait paniquer à chaque fois que le ballon se retrouvait dans ses pieds, l’Italien a montré une très belle assurance dos au but en attendant le soutien de ses partenaires. Et un attaquant capable de conserver le ballon est toujours plus utile pour un équipe qu’un autre qui ne fait que gagner des duels (et perdre le ballon sur sa déviation ou sur la touche suivante…). Bref, Milan 3/0 Juve en championnat. Borriello 1/0 Amauri pour la Squadra. A suivre, bien évidemment.

Pour les buts, rendez-vous sur Coupfranc.fr par ici !

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