Eire – France : les clés d’e-foot.eu

« Leur chance (aux Irlandais), c’est lui (Raymond Domenech) ! » Un mois après s’être rangé à fond derrière les Bleus, l’Equipe a mis le paquet dans l’autre sens avec sa Une de ce jeudi. Si le sous-titre indique bien qu’il s’agit du point de vue irlandais, un tel titre ouvre une issue de secours facile au quotidien sportif en cas d’élimination. Le chasser ou jouer l’union sacré en vue de la Coupe du Monde, la prochaine ligne éditoriale se décidera après la double confrontation face à l’Irlande. A deux jours du match aller et après plusieurs lectures, il est temps de vous livrer quelques clés tactiques pour suivre la rencontre d’un autre oeil.

FRANCE_DOMENECH_011009L’avantage lorsque deux sélections s’affrontent à ce stade de la compétition, c’est que l’on ne risque pas d’être surpris des systèmes de jeu mis en place. Trapattoni a annoncé la couleur en conférence de presse : « il n’y aurait rien de scandaleux » à tout jouer sur les éventuels tirs au but. Tout encaisser sauf des buts, tel risque d’être l’adage des Irlandais samedi soir et mercredi prochain. Il faut dire qu’avec un Italien sur le banc, les Britanniques ont adapté le fameux Catennacio aux années 2000. Deux lignes de quatre très resserrées, un attaquant capable de se muer en meneur (Keane), un autre en pointe (Doyle aux dernières nouvelles) et des ailiers capables de les soutenir ensuite (Duff, Hunt), si elle reste sérieuse, l’équipe de France n’a semble t-il pas grand chose à craindre sur le plan défensif… Dans le jeu en tout cas. Les médias sportifs en ont assez fait sur les coups de pied arrêtés pour que je perde mon temps dessus.

Plutôt que de s’inquiéter du point fort adverse, demandons-nous plutôt comment les Bleus vont pouvoir les inquiéter. Quand on jette un oeil sur les faiblesses irlandaises, on se rend compte que le côté gauche de sa défense (Kilbane et St Ledger) manque de vitesse. Lorsqu’on sait que ces deux joueurs ont l’habitude de monter sur les coups-francs et autres corners, il serait de bon ton qu’un attaquant français traîne sur l’aile droite pour profiter d’un possible espace résultant d’une relance rapide et dans la profondeur. Car les Irlandais ne risquent pas d’en laisser beaucoup, d’espaces et de profondeur. C’est le propre de ces équipes défensives : s’arc-bouter autour de sa surface et encaisser les attaques adverses jusqu’à ce qu’il perde la balle et qu’une contre-attaque puisse se lancer. On arrive là au deuxième principal souci des Bleus : conserver la balle le plus longtemps possible dans le camp adverse.

En effet, le meilleur moyen d’éviter une contre-attaque est de conclure systématiquement ses attaques par un arrêt de jeu. Coup de pied arrêté, sortie de balle ou but, tous les moyens sont bons pour permettre au bloc bleu de se replacer sans la peur d’un contre adverse se développant dans le même temps. Pour ça, le onze de Domenech devra absolument la possession de balle dans le camp adverse et faire balader le bloc irlandais jusqu’à trouver un intervalle où s’engouffrer. Montrés du doigt tout au long de la campagne des éliminatoires, les deux récupérateurs, collés à l’image du sélectionneur, auront ici un rôle prépondérant dans le succès (ou la défaite) de l’équipe de France. Attaquer à quatre, voire six avec les latéraux, ne sera en effet pas de trop pour prendre à défaut les deux lignes de défense irlandaises. En imaginant la charnière centrale au marquage des deux pointes irlandaises, le soutien devra forcément venir des deux milieux défensifs.

Ou d’au moins un. Depuis la rentrée, je l’ai déjà souligné sur le blog, Jérémy Toulalan et Lassana Diarra se partagent les tâches dans l’entrejeu des Bleus. Le premier joue les couvertures devant la défense centrale alors que le second soutient son quatuor offensif lorsque celui-ci doit ressortir (d’un couloir par exemple). Le Madrilène s’est très bien acquitté de cette tâche lors des quatre derniers matchs des Bleus, sachant résister à la pression adverse et changer le jeu lorsque la situation l’imposait. Il devra continuer dans ce registre face aux Irlandais. De son côté, Jérémy Toulalan, à moins qu’Alou Diarra ne lui soit préféré (le Lyonnais est touché aux adducteurs et la taille du Bordelais peut peser dans les deux surfaces), devra travailler de concert avec la défense centrale française pour compenser au mieux les montées des latéraux qui seront indispensables à l’animation offensive française.

Si les hypothèses de jeu des deux équipes se confirment, les attaquants français seront en effet coincés entre les deux lignes défensives irlandaises. Difficile dès lors, pour Anelka et les autres, de prendre de la vitesse pour faire la différence. Leur principal rôle sera de fixer les défenseurs adverses en attendant l’arrivée (lancée) des latéraux pour créer des décalages. Au passage, au vue des dernières sorties de l’Irlande, Domenech serait bien inspiré de faire confiance à des joueurs capables de s’en sortir dans des petits périmètres tout en pouvant déclencher une passe ou un tir à tout moment ; je sais que mon avis importe peu mais dans cette optique, un trio Henry – Anelka – Benzema me paraît être le plus dangereux sur le papier pour les défenseurs adverses. Les trois hommes ayant en plus l’habitude de peser dans l’axe, les décalages seront peut-être plus faciles à faire sur les ailes… Reste à savoir si les Bleus pourront profiter des positions de centres.

Vous l’avez compris, il y aura beaucoup de choses à suivre lors de cette première confrontation. D’abord savoir si les Irlandais joueront comme les Français l’attendent. Rien n’est moins sûr et cet article tomberait à l’eau si c’était le cas. Deuxième chose, lever les incertitudes sur le onze de départ français : si Alou Diarra peut suppléer la possible absence de Toulalan, celle de Lassana Diarra pourrait poser de gros problèmes vu l’importance qu’il a prise dans le collectif français dernièrement. Enfin, et c’est là mon plus gros point d’interrogation concernant cette rencontre : quel est l’état de forme actuel de Yoann Gourcuff ? Le Bordelais n’est pas à son avantage en club et ne l’a quasiment jamais été en équipe de France. Pour le voir jouer tous les week-end ou presque, dans une passe moyenne comme celle-là, il peut devenir un véritable boulet pour l’équipe. Heureusement, pour l’instant, son importance dans le onze français est limitée.

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