There was something in the Eire…

Au prix d’une rencontre éprouvante, l’équipe de France a décroché son ticket pour l’Afrique du Sud et la prochaine Coupe du Monde. Le match aller et la victoire à Croke Park lui avait pourtant ouvert un véritable boulevard vers Johannesburg mais les défaillances individuelles combinées à des adversaires plus morts de faim qu’à aller ont eu raison des espoirs d’une qualification tranquille. Il a finalement fallu compter sur deux Français doués de leur main : Henry sur l’égalisation mais surtout Lloris qui a plusieurs fois écarté les souvenirs de 1993 qui planaient sur le Stade de France.

Comment analyser cette rencontre ? Commençons déjà par évoquer l’adversaire qui a quand même sensiblement haussé son niveau de jeu en première période par rapport au match aller. Au fameux fighting spirit qui les avait amenés à presser les milieux défensifs français, les attaquants irlandais ont en plus ajouté des offensives tranchantes, basées pourtant sur du jeu simple. Dédoublements dans les couloirs, jeu en triangle effacer la première ligne de défense française, presque tout a fonctionné pour profiter au mieux des pertes de balles adverses et créer des décalages. Il faut dire que le milieu de terrain français était tellement désorganisé que l’éliminer était immédiatement une tâche plus aisée. Au lieu d’avoir un milieu défensif en retrait pour couvrir les (nombreuses) pertes de balle de l’autre, les Français ont quasiment tous joué sur la même ligne si bien qu’en deux ou trois passes, les Irlandais n’avaient plus que la défense à éliminer pour s’offrir un face-à-face avec Lloris.

Le gardien de l’OL a réussi à repousser l’échéance par une sortie « cold blooded » devant Keane (25e) mais n’a ensuite rien pu faire sur l’action d’école emmenée par Duff et conclue par l’attaquant de Tottenham, les deux joueurs de talent de la sélection de Trapattoni. 1-0, la France a peur ; l’Irlande tient ses prolongations. Mais rien ne va changer : ce but semble inhiber encore plus les Bleus qui butent inlassablement sur la première ligne de quatre irlandaise. En laissant tomber le quadrillage de toute la largeur du terrain pour se concentrer dans l’axe, les « garçons en vert » ont empêché les décrochages que faisaient Henry et Anelka à l’aller tout en mettant autant de pression sur les relayeurs français. Des attaquants pris avant de recevoir le ballon, des milieux de terrain incapables de trouver le moindre espace, la solution aurait pu venir des latéraux mais ni Sagna, adepte des centres en profondeur inutiles, ni Evra, à la technique aussi fini que St Ledger n’ont pu offrir plus de solutions aux Français.

Résultat, le match se résume à une répétition des mêmes phases de jeu : les Bleus repartent de leur camp et la question est de savoir s’ils perdront le ballon assez vite pour être mis en danger par leurs adversaires. Sur une énième perte de balle de Lassana Diarra, Duff est tout près d’envoyer l’Irlande en Afrique du Sud mais tombe sur un Lloris des très grands soirs. On est à l’heure de jeu, Govou vient de rentrer et l’équipe de France semble refaire surface. Et pour cause, le pressing, ça fatigue ! Mais ce facteur là ne pèse pas lourd à côté d’une qualification pour la Coupe du Monde… Et il est encore plus léger quand votre adversaire continue à se montrer aussi maladroit et soumis dans les duels. Contrairement au match aller, la baisse de régime irlandaise n’est donc que passagère. Trapattoni fait deux changements pour redonner des couleurs à ses Verts et les dernières minutes de la partie sont du même acabit que les premières. Rendez-vous en prolongations !

L’équipe de France a profité de cette dernière demi-heure pour changer de dispositif : exit Gourcuff et Gignac, bienvenue au 4-4-2 avec Govou et Malouda sur les côtés, Henry et Anelka se partageant la pointe de l’attaque. Si on doit retenir un point positif de ces changements, c’est qu’il a offert un peu plus de solutions dans la construction et, de fait, limité les pertes de balle. On notera aussi la prestation de Sidney Govou qui ne fait quasiment jamais partie des déceptions lors d’un match de l’équipe de France. Au lieu de le payer à l’heure de jeu, l’Irlande paie finalement son pressing soutenu pendant les 30 minutes d’extra données par l’arbitre et le règlement. On se replie autour de sa surface et on subit jusqu’au tirs au but, tel semble être le credo des Verts. Impossible de savoir ce qui se serait passé sans l’égalisation française – Lloris aurait très bien pu gagner le match à lui tout seul en fait – mais le plan de Trapattoni a failli marcher. Il a su comment battre les dix joueurs de champ si l’on y pense…

…Malheureusement pour lui, le gardien était beaucoup trop fort. Plusieurs duels gagnés dans sa surface, une ou deux parades sur sa ligne lors du match aller, du classique pour un gardien de haut niveau. Là où on atteint l’exceptionnel sur la performance de Lloris ce soir, c’est sur ses sorties aériennes. Mis à part une, où il subit quand même le poids d’une épaule irlandaise dans son dos, le Lyonnais a été d’un sang-froid hallucinant. On pourrait même faire dans le vulgaire en parlant de c……. en acier lorsque, à 1-1, il va jusqu’à l’entrée de sa surface pour dégager du poing l’un des longs ballons envoyés par Given. A l’arrivée, si Raymond Domenech ne sort de ce match qu’avec une seule certitude en vue du Mondial : Lloris sera son gardien de but. Pour le reste, il a désormais huit mois pour que cela ressemble à quelque chose. Lui qui voulait savourer cette qualification, il va avoir du boulot.

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