Mardi soir, 20h28. Je découvre avec stupeur que Direct8 diffuse des matchs de préparation à la Coupe du Monde de plusieurs sélections étrangères. Ce soir, c’est Portugal-Cameroun : Cristiano Ronaldo face à Samuel Eto’o, Carlos Queiroz face à Paul le Guen ou même Benoît Assou-Ekotto face à Duda. Non, pour le dernier, je déconne. C’était surtout l’occasion de découvrir les projets de jeu de ces deux équipes qui seront comme d’habitude suivies de près par les médias français. Quelques notes plus tard, c’est parti pour l’article qui va bien !
Avant d’entrer dans le détail des deux équipes, quelques mots sur le match. Après une entame assez équilibrée (et surtout ennuyeuse), les Portugais ont été les premiers à accélérer.Raul Meireles débloque la situation juste après la demi-heure de jeu sur une action très bien construite par Deco côté droit. Très énervé par la tournure des évènements, Eto’o récolte deux avertissements en trois minutes et laisse ses partenaires en infériorité numérique. Le Portugal n’a du coup pas à forcer son talent pour conserver son avance. Meireles s’accorde le doublé en deuxième mi-temps. La réduction du score par Webo à vingt minutes du terme de la rencontre lance un final hourra-football où Nani va particulièrement briller en inscrivant le troisième et dernier but portugais.
Le Portugal :
Le schéma de jeu :
Queiroz n’a pas fait la révolution. Le Portugal évolue toujours dans son traditionnel 4-2-3-1 et n’en démordra pas tant que Deco sera capable d’assumer le rôle de meneur de jeu avancé de cette équipe. De par son positionnement, le joueur de Chelsea tient évidemment les clés du jeu portugais qui se distingue par sa propension à aller créer sur les ailes avant de revenir dans l’axe à l’entrée des vingt derniers mètres adverses. Que ce soit par Ronaldo, Simao ou les latéraux, les débordements n’ont pas été nombreux dans les couloirs.
L’animation :
La remontée du ballon se fait généralement en diagonale, rarement à la verticale. Lorsque le onze doit repartir de derrière, les latéraux se chargent de la première relance et cherchent l’un des deux milieux défensifs. Ces derniers réorientent le jeu sur les ailes vers, au choix, le latéral qui a poursuivi son mouvement (ce qui fait monter le bloc) ou l’ailier qui s’est démarqué. On arrive alors dans les 40 mètres adverses et c’est là qu’intervient Deco pour lancer le mouvement final, généralement en combinant avec un joueur de couloir (cf. 1er but). Initiateur des attaques sur les côtés, Deco laisse le soin à Raul Meireles de prendre l’axe dans l’axe pour venir faire la différence.
Les remarques en vrac :
- En plus d’être le dépositaire du jeu, Deco redescend régulièrement prêter main forte à ses deux milieux défensifs. Il a récupéré plusieurs ballons en bénéficiant de l’effet de surprise avant d’enchaîner sur des ballons de contre millimétrés.
- Lorsqu’il s’agit de contre-attaquer, le jeu portugais gagne en verticalité. Ronaldo se place dans l’axe pour faciliter sa relation directe avec Deco. Le reste se joue généralement ensuite au talent de l’attaquant du Real.
- En phase de pressing, le 4-2-3-1 portugais évolue en 4-1-4-1, Pedro Mendes restant en couverture du duo Raul Meireles – Deco.
- Le Portugal peut aussi varier son animation au milieu. Ainsi, on a pu voir un 4-1-3-2 sur quelques possessions de balle avec un trio Deco – Raul Meireles – Ronaldo dans l’axe avec Liedson et Simao très excentré pour étirer la défense adverse.
Le Cameroun :
Le schéma de jeu :
Avec un mec aussi bon devant une défense qu’Alexandre Song, difficile de jouer autrement qu’en 4-3-3. Histoire de filer de l’urticaire à Michel Kaham (voir l’article), Paul le Guen envoie lui aussi Eto’o bloquer un couloir. En retour, l’attaquant de l’Inter est quand même le premier offensif recherché par la relance camerounaise, au même titre qu’Achille Emana sur le côté gauche. On notera le manque de créativité des milieux relayeurs. Un défaut qui se retrouve dans l’animation offensif des Lions Indomptables.
L’animation :
Les plus perspicaces auront déjà tiré quelques indices de la description du schéma de jeu. L’animation du jeu camerounais démarre d’une relance d’Alexandre Song. Le Gunner cherche en priorité ses ailiers, Eto’o ou Emana, sur des diagonales qui vont lui faire sauter le milieu de terrain et la première ligne adverse. Derrière, le mouvement se lance dans le camp adverse et l’ailier fait son choix : la fixation du latéral adverse pour lancer le sien dans le couloir ou la passe dans l’axe ou le relayeur qui se projette. Parfois, il va solliciter le une-deux avec son attaquant pour pouvoir rentrer en pénétration dans l’axe et, au choix, tenter sa chance ou opérer un changement de jeu.
Les remarques en vrac :
- Que Kaham et les anciens se calment, il arrive à Eto’o de permuter pour se retrouver dans l’axe. Lorsque le latéral a le ballon dans le camp adverse, le schéma « ailier qui repique/attaquant qui prend la profondeur dans le couloir » revient souvent aussi.
- Le rôle des deux milieux relayeurs est très éloigné de celui des Français. Ils sont là pour défendre et densifier le milieu plutôt que pour donner leur écho à la construction. Leur zone d’influence avec le ballon n’intervient presque que dans les 30 derniers mètres adverses. Leurs déplacements au milieu de terrain sont en revanche primordiaux pour permettre à Song d’ajuster ses diagonales vers ses ailiers.
- C’est plus une mention qu’une remarque mais Nicolas N’Koulou est décidément un excellent défenseur central (enfin, c’est pas comme si j’en avais parlé il y a un an – voir l’article).





