Les Espoirs déçoivent

Les lecteurs assidus du blog le savent ; je m’intéresse de près à l’évolution de l’équipe de France Espoirs. Au mois de juin, j’avais consacré trois articles à leurs prestations lors du tournoi de Toulon, des billets que vous pouvez retrouver en cliquant ici. Depuis la reprise du championnat, les hommes d’Eric Mombaerts se sont lancés dans un nouveau défi : se qualifier pour le prochain Euro Espoirs qui se déroulera en 2011 au Danemark. Après une victoire convaincante en Slovénie samedi (3-1), les Bleuets ont été accrochés par l’Ukraine hier soir (2-2) après avoir pourtant mené par deux buts d’écart.

Pour ceux qui ne l’auraient pas suivi, un résumé rapide de la rencontre. Dès la 4ème minute, Anthony Modeste profite d’une erreur d’appréciation d’un défenseur adverse sur une ouverture de Baysse pour filer au but et ouvrir le score. Les coéquipiers de Sissoko dominent l’entrejeu et empêchent les Ukrainiens de jouer autrement qu’en balançant de longs ballons vers leurs attaquants. Peu avant la demi-heure, Sakho double la mise sur corner. Malheureusement pour les Français, Chesnakov va profiter de deux erreurs du gardien Placide pour ramener les Ukrainiens à hauteur (44e, 64e). Fatigués de leur dépense d’énergie (que l’on va expliquer) et avec un banc de touche diminué, les Bleuets ne parviennent pas à redonner un coup d’accélérateur pour reprendre l’avantage et concèdent deux points dans la course à la qualification.

Pour plusieurs raisons (blessures et autres), cinq titulaires « habituels » sont absents du onze de départ : Bocaly, Sankharé, Capoue, Obertan et N’Gog. Exit le 4-3-3, Eric Mombaerts décide d’appliquer la recette de son collègue des A en alignant deux milieux récupérateurs derrière un quatuor très offensif. Moussa Sissoko et  Yann M’Vila prennent donc place dans l’entrejeu derrière une ligne de trois composée de Djamel Bakar, Magaye Gueye et Bakary Sako. Anthony Modeste évolue seul en pointe. Toujours à la recherche de la bonne formule en défense centrale, le sélectionneur associe Paul Baysse à Mamadou Sakho. A gauche, Cheick M’Bengue est toujours là tandis qu’à droite, Sébastien Corchia remplace Bocaly. Dans les buts, Johnny Placide semble avoir gagné sa place depuis Toulon.

Bien aidés par leur rapide ouverture du score, les Français dominent la première période. N’hésitant pas à aller presser le porteur de balle qui n’est pas dans le sens du jeu, les milieux de terrain, M’Vila en tête, permettent au bloc français de rester très haut sur le terrain. Lorsqu’ils repartent de leur but, les Ukrainiens se heurtent à une première ligne de quatre joueurs qui suit parfaitement les déplacements du ballon sur toute la largeur du terrain. Incapables de profiter du moindre espace pour remonter proprement, même en cherchant à dédoubler sur les côtés, les défenseurs ukrainiens se retrouvent obligés de sauter le milieu de terrain pour tenter de trouver leurs attaquants. Un régal pour les défenseurs français, plus agressifs que leurs adversaires directs et soutenus ensuite par le repli de Sissoko et M’Vila qui sont à la retombée des ballons.

Si défensivement, le travail est bien rodé ; l’animation offensive pêche par manque de créativité. Excepté les fulgurances de Bakar, en confiance après son but maradonesque face à la Slovénie, l’amateur de beau football n’a pas grand chose à se mettre sous la dent. Quelques beaux dédoublements ici ou là, mais le jeu français de ce mardi soir reste des plus stéréotypés. Une fois le ballon récupéré, les six Français les plus défensifs le font tourner à l’entrée de la moitié de terrain ukrainienne. Si personne ne décroche (et c’est très souvent comme ça), Sissoko ou l’un des défenseurs centraux se charge de balancer un scud dans la zone où traînent le plus d’attaquant français. A eux dès lors de se débrouiller pour fixer la défense en attendant de recevoir le soutien des latéraux (M’Bengue ou Corchia) ou de Sissoko.

Vous l’avez sans doute compris ; sur tous les plans, les Espoirs sont dépendants du duo Sissoko-M’Vila, chargés de récupérer les ballon devant les deux lignes de défense. Aux alentours de l’heure de jeu, leur activité va logiquement baisser et entraîner plusieurs conséquences. La première ligne de défense est plus perméable, les Ukrainiens peuvent développer leur jeu court et l’espace important entre le milieu et la défense française est propice pour créer des décalages. Offensivement, les Français récupèrent moins de deuxièmes ballons et sont encore plus dépendants du soutien des latéraux. L’entrée de N’Goyi à la place de Bakar va permettre à Mombaerts de régler une partie des problèmes en défense mais devant, les Bleus n’arriveront plus à se créer de véritables occasions mis à part sur des actions individuelles de Sako ou de Kembo-Ekoko.

Malgré ces problèmes collectifs en fin de partie, il ne faut pas oublier que les deux buts ukrainiens sont consécutifs à deux erreurs individuelles suivant le même schéma : un coup-franc lointain, un ballon relâché par Placide et bien suivi par Chesnakov. Déterminant à plusieurs reprises, le Havrais risque malgré tout de ne pas oublier cette soirée… Avec quatre points, les Bleuets sont aujourd’hui deuxième de leur groupe derrière la Belgique (6 points). Prochain rendez-vous le 9 octobre face à Malte avant le choc en terres belges quatre jours plus tard. Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, tous les matchs des Espoirs sont retransmis sur la TNT (Direct8).

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