Gourcuff, le faux meneur

En attendant le billet concernant les qualifications pour la Coupe du Monde de la Zone Afrique (qui se jouent en ce moment même), j’ai décidé d’inaugurer une nouvelle rubrique intitulée « joueurs ». Le principe est on ne peut plus simple ; je choisis un joueur, j’avance ses qualités, ses défauts et surtout son utilisation dans le schéma de jeu de son club (et, dans ce premier cas, celui de sa sélection). Suivant au jour le jour les Girondins de Bordeaux, je ne pouvais pas prendre mieux que Yoann Gourcuff comme premier cobaye pour cette nouvelle rubrique. A la pointe du losange bordelais, le style de jeu du meilleur joueur du dernier championnat de Ligue 1 n’est pas pour autant celui du numéro 10 à l’ancienne que l’on nous vend à gauche à droite.

Avant de nous pencher sur son utilisation au sein du losange bordelais, intéressons-nous d’abord au profil du joueur qu’est Yoann Gourcuff. Avant même qu’il ne reçoive le ballon, le néo-bordelais impressionne par sa condition physique. Lorsqu’il est à son meilleur niveau, sa carcasse d’1m85 pour 79kg court sans souci aux quatre coins du terrain pendant 90 minutes. Il remerciera sans doute ses années milanaises pour ses qualités physique. Le gabarit et l’endurance combinés font de lui un excellent travailleur à la récupération. Moins visible à Bordeaux, cette capacité à défendre et à chiper pas mal de ballons à l’adversaire se voit surtout en Equipe de France où il prête souvent main forte aux deux numéros 6 alignés par Domenech.

Lorsqu’il a le ballon (et il l’a très souvent), Gourcuff sort du lot par sa capacité à le conserver, même dans les situations les plus difficiles. Son numéro au milieu de trois défenseurs de Chelsea en novembre dernier est encore dans ma mémoire. Cette résistance au pressing adverse s’avère parfois être une tare, le Bordelais jouant parfois avec le feu en tentant de s’en sortir seul malgré des partenaires démarqués. Offensivement, son principal atout est d’être décisif : Malgré des problèmes frustrants sur coups de pied arrêtés, Gourcuff a délivré 10 passes décisives et inscrit 15 buts cette saison. Pour un milieu de terrain, ces statistiques sont énormes. Autant que par ses qualités individuelles, elles s’expliquent par son utilisation dans le système de jeu bordelais.

Prenons d’abord la période euphorique des Girondins, celles qui les a menés au titre de champion de France. Titulaire derrière les deux attaquants, Gourcuff avait derrière lui le véritable organisateur du jeu bordelais, Fernando. L’influence du Breton dans le jeu se limitait alors dans les 30 derniers mètres adverses. On le voyait bien décrocher, pour défendre ou toucher quelques ballons, mais aux alentours du rond central, le patron c’était Fernando. Changements de jeu, décalages, appui sur les attaquants, jeu en profondeur, le Brésilien prenait quasiment tout en charge, laissant à Gourcuff une vraie liberté d’opérer le plus près possible de la surface adverse.

Avant ce retour gagnant de Fernando, Gourcuff passait la plus mauvaise période de sa saison. En baisse de forme, il n’arrivait plus à assurer la liaison entre la première relance et les attaquants bordelais. Et pour cause, généralement, cette liaison, il la faisait lui-même, seul, avec le ballon dans les pieds. C’est ce que l’on voyait en début de saison. Alors que Blanc cherchait la bonne formule dans les couloirs, tous les ballons passaient par Gourcuff qui se chargeait lui-même de la distribution, toujours vers l’avant et les attaquants, rarement dans la latéralité. On tient ici peut-être l’une des explications au problème bordelais du début de saison où tout passait par l’axe, quitte à donner l’impression de s’enfermer dans un entonnoir.

On arrive là au défaut qui empêche de Gourcuff d’être un véritable numéro 10 : il lui manque encore une certaine vision du jeu qui lui fait sentir où sont placés ses partenaires. A l’heure actuelle, le Breton est pour moi un milieu relayeur de (très ?) haut niveau, très adroit devant le but grâce à son talent et son utilisation à Bordeaux. Utilisé numéro 10 mais dans un autre système avec l’équipe de France, il brille par son repli défensif mais peine à prendre et à organiser le jeu des Bleus. Ce n’est pas un hasard. Au plus haut niveau, c’est au poste de relayeur qu’il explosera vraiment (je le vois très bien jouer les Lampard dans un 4-3-3 par exemple). Histoire de finir sur la fameuse comparaison : à 23 ans, il est en avance par rapport à Zidane sur le plan physique, il a réussi des gestes que ZZ ne faisait pas non plus à son âge mais il n’a pas le sens du jeu que le champion du monde a toujours eu. C’est bien là le principal problème : sentir ses partenaires, anticiper leurs déplacements et donner le ballon juste, chez les plus grands, ça ne s’apprend pas, c’est inné. L’équipe de France devra encore patienter pour avoir son successeur…En attendant, si vous aimez e-foot, devenez fan sur Facebook, partagez et/ou votez pour cet article sur wikio en cliquant sur le petit icône chiffré ci-dessous. A la prochaine pour un billet consacré à l’Afrique.

9 comments to Gourcuff, le faux meneur

  • « avec l’équipe de France, il brille par son repli défensif mais peine à prendre et à organiser le jeu des Bleus »

    Hum, 5 passes décisives, et un but (ou deux, je suis pas sûr pour le second).
    Déjà 2 passes décisives pour Henry contre une seule de Zizou à Henry entre 98 et 2006.
    Une complémentarité avec Ribery, et une entente aussi, qui est rare et qui apporte une rapidité fulgurante (Cf match contre la Roumanie).

    Certes, ces derniers temps (matchs amicaux début juin), les bleus ont peiné à s’exprimer, mais n’oublions pas que tous ces joueurs sortent d’une saison pleine, et Yo a été l’un des joueurs qui a le plus joué (Championat, C1, UEFA, Coupe de la ligue, et le tout en étant quasiment toujours titulaire et jamais blessé).

    Donc certes, il effectue beaucoup plus de boulot défensif en sélection qu’à Bordeaux, et pourtant, il arrive que Diara fasse parti du 11 des bleus. Paradoxe ? Probablement.
    A Bordeaux, résolument tourné vers l’offensive, le 11 joue avec un seul récupérateur. En EdF, 2 milieux récupérateurs sont là et un troisième joueur doit venir prêter main forte ? Ouais, système Doménech tourné vers la défense, ce qui empêche les joueurs offensif d’assurer leur rôle de la meilleure façon.

    Même conclusion pour les latéraux d’ailleurs. Evra, Clichy, Sagna … on ne les voit pas venir faire des dédoublements au 30 mètres, recette pourtant excellente sur le trio Gourcuff – Chalmé – Trémoulinas.

    Je ne pense donc pas qu’on puisse maintenir la comparaison avec ZZ en EdF, il y a trop de différences :
    - qui mène la danse ? Ribery ou Gourcuff ?
    - Y a-t-il 3 attaquants ou un seul ?
    - Pourquoi Gourcuff doit il récupérer des ballons alors que Viera Makélélé assuraient pleinement ce rôle et Zizou restait devant ?

    Bref, même si on peut toujours dire que sa vision du jeu est moins bonne que celle du Dieu Zidane, il faut reprendre le contexte dans lequel il évolue en sélection.
    Et quand bien même, a âge équivalent, il le surpasse déjà sur bien des plans.

  • Florent
    Twitter:

    La Roumanie, ça fait six mois. L’entente Gourcuff-Ribéry, j’ai pas l’impression qu’elle existe plus que les autres. Si dès que deux joueurs se font des passes, on appelle ça une entente, on va pas aller loin.

    En EdF, j’ai beaucoup pu me dire « oh tiens, beau repli de Gourcuff » plutôt que « bien joué ça, belle intuition ». L’histoire des cinq passes décisives, faudrait me rappeler les conditions, sans oublier les adversaires, et surtout les positions. Ses passes décisives, dans mon souvenir, c’est parce qu’il joue en soutien de l’attaquant. Y’a une différence entre faire la passe décisive et organiser le jeu de son équipe je pense.

    Le point que je défends dans mon article, c’est tout simplement que Gourcuff n’est pas un numéro 10 à l’ancienne comme on nous l’a vendu toute la saison. C’est un numéro 8, doté d’énormes capacités physiques et techniques, d’un sens du but supérieur à la moyenne à ce poste mais déficitaire du petit plus qui a fait les meilleurs. Jusque-là, toutes ses « inspirations » ont été individuelles par exemple tiens.

    Mettre ses perfs en-deça en EdF sur le dos de Domenech c’est beaucoup trop simple. Y’a une différence de niveau entre la L1 et l’équipe de France, à certains moments, la condition physique n’est plus suffisante et il faut activer d’autres fonctions (jouer avec sa tête si tu préfères) pour faire la différence. Gourcuff n’y arrive pas encore, pas plus que Ribéry ni aucun autre joueur français.

  • Je suis d’accord là dessus, mais ce que je veux dire, c’est qu’entre la Roumanie et les matchs Amicaux, y a pas vraiment eu de matchs en EdF il me semble.

    Et c’est vrai que cette sélection fait actuellement peine à voir. Offensivement on arrive à rien, le seul but marqué ses derniers temps, c’est un pénalty de Benzema.
    Et en défense, je sais pas si t’as eu ce sentiment contre le nigéria, mais perso, les buts on les sent venir. Il y a donc un problème évident, et pas seulement au niveau de la charnière centrale.

    Ce que je veux dire c’est qu’en faisant jouer Gourcuff un poil plus haut, en soutient de l’attaquant donc, sachant qu’avec Toulalan, Diara, Viera ou l’autre Diara, t’as pas réellement besoin de le faire redescendre, on pourrait peut être retrouver ce soupçon de génie qu’il avait à ses débuts en sélection, comme la frappe des 30 mètres sous la barre, le une deux talonade décisif pour Ribery ou ce genre de choses.

    C’est sûr que le contexte est différent, mais je ne dirai pas qu’on puisse vendre le nigéria comme une équipe supérieure à la Roumanie, c’est l’équipe qui est moins bonne, dans son ensemble.
    Pour la Turquie, ça ok, vu l’Euro époustouflant que cet équipe a fait, mais les bleus ont réussi à l’enfermer.

    Et je dirai que l’entente Ribery-Gourcuff n’existe plus, ou presque, pour la bonne raison que Franck cherche a être le créateur, en oubliant l’équipe, et donc Gourcuff. Il est sensé être à gauche, mais repique très très souvent dans l’axe pour essayer de créer quelque chose, qui n’arrive désespérément pas, un peu comme le faisait Yo à Bordeaux dans sa mauvaise période, après la trève hivernale. Et ça n’est la solution ni pour l’un, ni pour l’autre.

  • Florent
    Twitter:

    On s’éloigne du sujet de l’article là. Je ne dis pas que Gourcuff doit redescendre en EdF, je dis qu’il se signale surtout par ce travail de repli alors qu’en tant que numéro 10, il devrait s’affirmer dans le jeu. Pas seulement à la récupération ou dans les 30 derniers mètres. C’est en ça que pour moi, il n’est pas (encore ?) un numéro 10 comme les Bleus en attendent depuis que ZZ a arrêté. Il est celui qui a le profil le plus approchant mais je trouve qu’il est encore beaucoup trop dépendant de sa forme physique ; son jeu lui fait dépenser beaucoup d’énergie, le 10, t’as souvent l’impression qu’il n’en branle pas une sur le terrain et pourtant, quand tu le sors, l’équipe ne sait plus jouer au foot.

    Sans Gourcuff, l’équipe de France n’est pas moins forte. Avec un Gourcuff en méforme, Bordeaux n’est pas moins fort. Avec Gourcuff, Bordeaux est plus fort oui, mais ça, c’est parce sur le plan individuel, il est au-dessus du niveau moyen de la L1.

  • J’avoue que je suis plutôt mitigé, c’est vrai que c’est surtout au niveau de la vision de jeu qu’il est en dessous de ZZ, mais on sent (enfin pour ma part) qu’il pourrait progressé et l’avoir. Il me semble que au début de la saison il avait quand même réalisé des avants dernières passes lumineuses qui n’ont pas forcément été mise en valeur puisque devant le but, le réalisme n’était pas là. Ensuite, je pense que la pression que lui on mit les autres joueurs par la suite ainsi qu’un phénomène de pression sur lui même malgré les apparences n’y sont pas pour rien.

    Après, pour moi il se rapproche plus de Steven Gerrard que de Zidane donc plus d’un 8 que d’un 10.

  • Tonio

    Article très intéressant , pour moi aussi Gourcuff est plus un relayeur qu’un pur numéro 10. Il semble qu’on se focalise bien trop , médias en tête sur la comparaison avec ZZ.
    A Bordeaux il faut souligner le rôle de Fernando pour moi bien plus important qu’on peut le dire en organisateur du jeu par ses passes courtes et autres renversements .
    Cela libère beaucoup Gourcuff qui peut s’exprimer dans la zone de vérité c’est a dire les 30 derniers mètres .
    Pas un hasard je pense .

  • [...] En clair, l’équipe de France n’arrivait pas à remonter proprement le ballon : Anelka et Henry sont donc allés les chercher à la source, dans la zone des deux milieux défensifs. A l’instar de Christophe Dugarry, invité dans la deuxième heure, cette prise d’initiative des deux stars de l’équipe est bien évidemment à saluer. Mais elle soulève le véritable point d’interrogation actuel dans le onze français : à quoi sert Yoann Gourcuff ? Dans mon avant-match aller (cliquez ici), j’avais conclu en évoquant l’influence limitée du Bordelais sur le collectif français. Samedi, il s’est retrouvé très haut, derrière Gignac de la même manière qu’il soutient Chamakh avec Bordeaux en Ligue des Champions. Ceux qui suivent le blog depuis plusieurs mois maintenant le savent, je ne pense pas que Gourcuff évoluera à son plus haut niveau au poste de numéro 10 (cliquez ici). [...]

  • [...] au grés de mes articles sur Lucho, Gourcuff ou Ben Arfa pour le plus récent, j’espère que vous avez bien digéré la mort du numéro 10 [...]

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