Le fabuleux destin de Gabriel Obertan

Share

Une semaine de silence, c’est beaucoup trop. Heureusement que quelques espoirs du foot français se sont décidés à fuir la Ligue 1 pour me faire parler. Après Karim Benzema, c’est au tour de Gabriel Obertan de quitter le championnat de France pour rejoindre Manchester United et son théâtre des rêves. En attendant de savoir si MU a réalisé l’affaire de l’année, je vais plutôt m’attarder sur le parcours difficile de « Gaby » et son utilisation depuis le début de sa carrière.

Débarqué en Gironde grâce à Guy Hillion (aujourd’hui scout pour Chelsea), le natif de Pantin fait ses débuts chez les professionnels à 17 ans sous les ordres de Ricardo. Très à l’aise avec les jeunes – il suffit de voir ce qu’il a réussi à faire avec l’AS Monaco sur le long terme -, l’entraîneur brésilien décide de protéger un maximum celui qui affiche déjà des qualités énormes, qu’elles soient physiques (accelération, vitesse) ou techniques (dribbles). Aux journalistes qui lui proposent de jouer aux comparaisons, il répond fermement : « Ne faites pas ça, s’il vous plaît. Nous avons la mauvaise habitude de comparer. Comparez-le avec Henry à ses débuts, à 17 ans. Ce n’était pas le Henry d’aujourd’hui. »

Protecteur hors des terrains, le nouveau coach de Sao Paulo l’était aussi au moment d’aligner son joueur dans le onze bordelais. « Attaquant de pointe, il peut faire très mal, glisse Ricardo, mais je n’ai pas très envie (de le mettre) de suite car cela lui donnerait trop de responsabilités. » Rarement titulaire, Obertan se contente de quelques bouts de matchs à droite ou à gauche du milieu de terrain bordelais. Il s’offre même quelques moments de grâce au Parc des Princes où il brise les reins d’Armand avant de donner une balle de but à Laslandes et surtout à Chaban-Delmas où il écoeure l’arrière gauche de Galatasaray. Il faut noter que ses entrées en jeu se font le plus souvent lorsque Bordeaux maîtrise les débats, ce qui le libère d’une certaine pression…et du travail défensif qu’il n’a jamais aimé.

Le départ de Ricardo va du coup être un premier vrai coup d’arrêt dans la progression d’Obertan. Le milieu en losange de Laurent Blanc l’écarte naturellement du onze de départ et ses problèmes devant le but font de lui un quatrième, voire un cinquième choix en attaque. En 18 mois sous les ordres de Blanc, on ne verra le vrai Obertan que pendant 40 minutes face à la Roma. Ailier dans un 433 (avec Jussiê et Chamakh), il enflamme Riise jusqu’à l’expulsion d’Henrique qui pousse son entraîneur à le sacrifier au profit d’un défenseur central. Après c’est la rechute. Des bouts de matchs par-ci par-là, des titularisations en Coupe de la Ligue avant un départ en prêt chez Christian Gourcuff. Le Monaco de Ricardo était aussi sur les rangs.

Alors qu’il retrouve un poste d’ailier dans un 442, Obertan n’arrive toujours pas à s’affirmer, faute de consignes bien différentes que celles données par Ricardo deux ans plus tôt. Lorient est alors en pleine lutte pour le maintien et doit avant tout éviter la mauvaise série qui pourrait rapprocher dangereusement de la zone rouge. Fini le beau jeu à Lorient en 2009 (malgré de rares fulgurances), on défend à 8 et on lance Gameiro qui se débrouille en attendant que le bloc remonte. Et malheureusement pour lui, et pour Lorient, Obertan est dans les huit. Les semaines passent et la frustration gagne le joueur qui le fait sentir à son staff et retrouve le banc de touche. C’est Mansouri, un milieu défensif de formation qui finira la saison à sa place…

Malgré ces expériences difficiles en club, Gabriel Obertan fait ses débuts avec l’équipe de France Espoirs sous les ordres d’Eric Mombaerts. A Nottingham, il brille lors de la victoire des Bleuets face à l’Angleterre Espoirs ; un match qui aurait d’ailleurs pesé dans la balance de son transfert à United. Au tournoi de Toulon aussi, il est l’un des Français les plus à son avantage ; il est même élu MVP de la finale (perdue face au Chili). A croire que son rôle d’attaquant libre dans le système de Mombaerts fait toute la différence : en pointe ou en soutien d’un point d’appui (N’Gog), Obertan couvre toute la largeur du terrain, provoque lorsque le bloc adverse est en place et reste devant pour jouer sur sa vitesse de course en contre-attaque. Il avait dit quoi Ricardo déjà ?

J’ai volontairement passé sous silence toutes les déclarations, de Laurent Blanc et du joueur lui-même concernant son travail pas toujours convenable à l’entraînement. Depuis deux ans, Obertan n’a jamais eu sa chance sur plusieurs matchs d’affilée et dans un contexte et un rôle propice à son explosion. Le talent est là, c’est une certitude. Ricardo et Mombaerts ont posé les jalons concernant son utilisation. Blanc et Gourcuff n’ont pas voulu/su/pu être patient. Aux dernières nouvelles, Sir Alex sait y faire avec les jeunes lui. Et puis avec Berbatov, Rooney, Valencia et d’autres déjà au top, il a de quoi patienter en attendant Obertan. Jusqu’à la Coupe du Monde ? Ca ferait un beau pari ça…

Share

Leave a Reply

 

 

 

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>