Bordeaux à sa main

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Lecteurs d’e-foot.eu, vous vous souvenez sans doute de mon analyse du dernier choc « Ligue des Champions » de la Ligue 1, le 5-5 entre l’Olympique Lyonnais et Marseille. Je l’avais axé autour du fait que les Gones avaient maîtrisé la partie dans le sens où Marseille n’avait semblé exister que grâce aux largesses du milieu lyonnais. Et bien face aux Girondins de Bordeaux ce dimanche, c’est le schéma inverse qui s’est appliqué. Bordeaux a eu du mal à se mettre en route, mais Bordeaux l’a emporté. Et voilà l’OL repoussé à huit points de la première place.

A la vue de la feuille de match, on se rend très rapidement compte de la crainte inspirée à l’adversaire par les deux équipes. Bordeaux retrouve sa formation « Coupe d’Europe » habituelle : Plasil est à droite, Gourcuff joue en 9 1/2 tandis que Fernando retrouve sa place entre Diarra et le meneur de l’équipe de France. Seule nouveauté, le jeune Sané fait ses débuts en Ligue 1, Ciani s’étant blessé à l’échauffement. Côté Lyonnais, Claude Puel reconduit le 4-2-3-1 qui lui a apporté quelques certitudes défensives face à Debrecen. Fini Makoun en seule sentinelle, le Camerounais est désormais épaulé par Gonalons pour protéger la défense Cris-Boumsong. Devant eux, Kallström à gauche et Bastos à droite encadrent Pjanic qui évolue en soutien de Lisandro. On notera au passage que le Bosniaque évolue plus dans un registre de numéro 10 animateur que d’attaquant de soutien…

L’opposition de deux organisations parfaitement identiques tourne à l’avantage des Lyonnais en début de partie, la faute à des offensifs bordelais toujours en retard au moment de presser la défense lyonnaise. Bien décidés à aller leurs adversaires très haut, les Bordelais abandonnent complètement l’entrejeu à leurs adversaires et Pjanic se retrouve plusieurs fois dans des positions confortables pour orienter le jeu de son équipe. Il faut dire qu’en décidant de presser les relanceurs lyonnais à 5 ou 6 dans un petit périmètre, ces derniers n’avaient plus qu’à effacer la sentinelle Diarra pour se retrouver dans des situations de décalage. Problème, les ailiers lyonnais, joueurs-clé de ce type de système, sont incapables de prendre la mesure de leurs adversaires directs et à l’arrivée, les offensives lyonnaises ne se résument qu’à des exploits techniques de Lisandro.

La rencontre monte en intensité aux alentours de la demi-heure de jeu. Les offensifs bordelais parviennent enfin à récupérer quelques ballons et à envoyer quelques mouvements intéressants mais Lloris n’est jamais inquiété. Stériles des deux côtés, les attaques laissent place à une montée soudaine de l’agressivité dans les duels… Qui va tourner à l’avantage des Girondins. Désormais, c’est l’OL qui est en retard et M. Lannoy sort plusieurs cartons logiques dans le dernier quart d’heure de la première période. Petit à petit, Bordeaux s’installe dans la moitié de terrain lyonnaise mais reste peu dangereux, la faute à un Gourcuff, extrêmement maladroit dans ses choix et tentatives, qui annihile presque toutes les phases de jeu auquel il participe. Au retour des vestiaires, la donne ne change pas, Bordeaux reste maître et étouffe de plus en plus son adversaire.

Les coachs entrent alors en scène. Puel dégaine le premier en faisant rentrer Delgado à la place d’un Bastos méconnaissable, un choix logique quand on sait que le Brésilien n’est absolument pas fait pour être cantonné au couloir droit. Blanc ne tarde pas à répondre par l’offensive : Jussiê et Gouffran remplacent Plasil et Wendel, travailleurs mais limités dans la percussion. Les deux entrants font un bien fou à l’animation bordelaise qui n’est plus obligé de passer par Gourcuff pour s’approcher de la surface de Lloris. L’international français quitte la zone habituelle du numéro 10 pour jongler entre le rond central et la surface rhodanienne. Derrière lui, Fernando exprime enfin ses qualités de plaque tournante et joue plus haut. L’OL, lui, recule de plus en plus. Puel agit en conséquence : il passe en 4-4-2, Gomis remplaçant Pjanic, et décide de jouer le contre en comptant sur des situations d’égalité numérique face à la défense bordelaise.

Problème, sans leur meneur bosniaque et avec Kallström toujours sur un côté, les Lyonnais se retrouvent sans aucun joueur capable de sortir des ballons propres dans l’axe. Leur relance se résume du coup à des longs ballons balancés tributaires du travail des attaquants pour en faire quoi que ce soit. Mais ni Lisandro, ni Gomis ne parviennent à véritablement prendre le dessus sur leurs adversaires directs. Et même lorsque c’est le cas, il y a toujours un Bordelais pour revenir et soutenir son défenseur pour récupérer le ballon avant qu’il ne devienne dangereux. La frappe de Gonalons à la 76ème minute sonne le glas de l’existence offensive de l’OL sur cette rencontre. C’est le moment que choisit Jussiê pour rappeler à tout le monde qu’il peut lui aussi être un super joueur. Diarra occupé à soutenir ses défenseurs face aux deux attaquants lyonnais, Bordeaux remonte du coup le ballon par les côtés. Et le gauche en particulier.

Touchant ses ballons aux abords de la ligne médiane, Jussiê se fait un malin plaisir à dribbler un adversaire sur chacune de ses prises de balle. Ce comportement à risque paye ; il passe quasiment à chaque fois, accélère et ouvre des brèches dans le bloc lyonnais. Préférant repiquer plutôt que déborder, il ouvre le couloir à Trémoulinas et trouve en Fernando un partenaire privilégié pour aller ensuite renverser le jeu sur les montées de Chalmé côté droit. Là où Plasil évoluait en première période, c’est maintenant le latéral qui s’y trouve et Gouffran, devant lui, se voit offrir plusieurs opportunités intéressantes en profondeur face à Cissokho. C’est finalement de la gauche que vient le but, un centre de Trémoulinas, Chamakh qui s’arrache, Gourcuff qui réussit peut-être une seule chose dans le match et Chamakh qui termine, toujours à l’arrachée. Lyon est assommé. De quoi rechanter Owim Bowé ?

Alors Bordeaux champion ? Difficile de le savoir encore : personnellement, les progrès de l’OM dans le jeu et surtout le fait qu’ils ne sont potentiellement qu’à trois points me font dire que le chemin est encore très long. En revanche, l’opposition de ce soir peut laisser penser que Lyon n’est aujourd’hui plus en mesure de rivaliser et que l’on pourrait se diriger vers un mano-à-mano entre Bordeaux et Marseille sur la deuxième partie de saison. Mais attention, Toulalan, le garant de l’équilibre du système Puel est absent. Pour les sceptiques sur son importance, l’absence de l’international français oblige Puel à enlever un relanceur pour ajouter un milieu défensif, les ailiers jouent donc plus bas pour toucher des ballons et Lisandro se retrouve esseulé devant. En gros, le 4-3-3 enthousiasmant du début de saison laisse place à un 4-2-3-1 plus que fade. Du côté de Tola-Vologe, on n’a peut-être jamais autant attendu la trêve hivernale…

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