Puisque personne ou presque n’a regardé la rencontre, je me dévoue pour vous proposer une analyse de la rencontre amicale entre la France et le Nigéria. Ne vous attendez pas à ce que je tire des conclusions de ce match, des nouvelles en tout cas, on va juste se focaliser sur ces 90 minutes disputées face à un public de Geoffroy-Guichard moitié-versatile, moitié-absent. C’est parti donc pour une tentative d’analyse en deux temps : l’animation offensive puis l’organisation défensive. Je terminerai en soulignant les performances individuelles de certains joueurs, Français comme Nigérians.

Gourcuff préservé à la dernière minute, Raymond Domenech décidait de lancer un quatuor offensif inédit du fait de la titularisation de Loïc Rémy. Et l’intégration du petit nouveau ne se fera pas sans mal, celui-ci étant naturellement mis à l’écart des permutations incessantes entre les attaquants français. Depuis son aile droite, d’où il arrivera quand même à se créer quelques situations, le Niçois a observé les changements de rôle permanents entre Anelka, Benzema et Ribéry. Sans organisateur derrière, cette liberté laissé aux attaquants n’a strictement rien donné. Puisant dans leurs réserves après une longue saison, les trois « stars » n’ont logiquement pas réussi à mettre le feu dans les 30 derniers mètres. Un ou deux éclairs par-ci par-là suite à des récupérations de balle haute leur ont permis de se signaler mais à aucun moment ils n’ont réussi à créer quoi que ce soit sur des attaques placées. A quatre contre six ou sept, il faut dire que le combat est déséquilibré.
Car le principal problème de l’équipe de France se trouve là : les attaquants ne sont pas soutenus par les six joueurs de derrière. Le premier quart d’heure passé, on aurait pourtant pu penser que le couplet de Daniel Riolo sur les deux numéros 6 allait prendre fin : très bien rentré dans son match, Patrick Vieira évoluait alors très près des attaquants français. Mais les minutes passant, le joueur de l’Inter s’est rapidement retrouvé à hauteur d’Alou Diarra. Le Bordelais n’ayant pas les capacités pour le suppléer au poste de milieu relayeur, ils ont rapidement fait doublon dans l’entrejeu. Sur les côtés aussi, l’apport des latéraux a été inexistant (ou invisible pour leurs attaquants). Quand il s’agit de participer à la « construction » (vous noterez les guillemets), Fanni et Evra ont fait leur taf à 40 mètres des buts adverses. Mais lorsqu’il faut dédoubler dans les 20 derniers mètres, ni l’un ni l’autre n’ont répondu présent.
Les remplacements opérés par Domenech à la mi-temps n’auront pas changé grand chose à ce triste constat. L’entrée de Gourcuff à la place d’Anelka a enlevé du poids à l’attaque française ; poids compensé par le volume de jeu de Gignac qui a rivalisé de puissance avec la charnière centrale des Eagles. Derrière, Toulalan a repris le job de Diarra à la récupération, tantôt en 8 à côté de Gourcuff, tantôt en second 6 avec Vieira qui s’est contenté d’un rôle de sentinelle en deuxième mi-temps. Seul rescapé du trio de fossoyeurs, Franck Ribéry a poursuivi son travail de destruction des attaques placées françaises en tentant trop souvent l’impossible. A l’arrivée, toujours le même constat ; sans soutien de ses « défensifs », l’équipe de France est restée tributaire de ses individualités et de leur forme actuelle. Pas un seul offensif n’est capable de rendre meilleur ses partenaires. A partir de là, marquer était impossible face à des Nigérians très appliqués.
Comme je l’évoquais un peu plus haut, les principales occasions de but françaises sont venues de ballons récupérés très haut, quasiment dans le camp adverse. Dans le dernier So Foot, Domenech évoquait la principale arme du Barça, son pressing et sa capacité à ne pas laisser l’adversaire sortir de sa moitié de terrain. En début de rencontre, les Bleus ont tenté d’appliquer ça, par séquence. Diarra et Vieira jouaient très haut (à hauteur de la médiane), la charnière centrale restant une quinzaine de mètres derrière. Bien aidés par Anelka ou Benzema qui revenaient souvent aux alentours du rond central, les deux récupérateurs ont ratissé bon nombre de ballons. Mais ça n’a duré qu’une petite vingtaine de minutes. Le contexte et le poids de la saison ont rapidement poussé les attaquants français à changer leur comportement défensif.
Avec quatre adversaires qui se contentent de contenir plutôt que de presser, les Nigérians peuvent enfin trouver le temps pour sortir proprement de leur moitié de terrain. Arrivés aux alentours du rond central, ils tombent alors sur un duo Diarra-Vieira qui reste le cul entre deux chaises. L’un se livre en pressant comme un dératé lorsque l’autre décide de rester en couverture. Pas bête, sauf que la puissance physique des Eagles leur permet de résister aux charges des deux sentinelles. Et lorsque les milieux défensifs sont passés, la vitesse des Uche et autres Odemwingie fait la différence face à une ligne défensive dépassée à quasiment chaque offensive. Escudé qui tacle dans le vent, Fanni et Evra qui laissent des boulevards dans leur dos, un alignement plus que défaillant et un Mandanda pas très rassurant, les portes étaient grandes ouvertes pour les Africains.
A trois jours d’un autre test-match face à la Turquie, Domenech n’a donc quasiment rien à tirer de positif de cette rencontre. Du moins sur le plan collectif : devant, l’équipe de France est plus que jamais dépendante de la forme physique de ses individualités ; derrière, le sélectionneur cherche encore et toujours la bonne formule et surtout la bonne philosophie (presser ou contenir). L’implication de certains de ses hommes en ce début du mois y est sans doute pour beaucoup, c’est pour cela qu’on évitera des tirer des conclusions sur l’avenir des Bleus en vue de 2010. Du côté des Eagles, on ne pouvait pas mieux préparer les qualifs pour la CAN/Coupe du Monde (ce week-end face au Kenya). Doté d’un super gardien, Enyeama (en voilà un qui pourrait intéresser Bordeaux), et d’offensifs talentueux, Odemwingie et Ike Uche, énorme ce soir, ils pourraient bien emmerder pas mal d’équipes en cas de qualification pour le prochain mondial… Dont la France pourquoi pas.


