L’Inter ne l’a pas Piqué

Share

Bon ben voilà. L’Unique l’a fait : faire tomber les deux monstres de la compétition pour se frayer un chemin jusqu’à la finale. Après avoir maté Chelsea en huitièmes, l’Inter a donc sorti le FC Barcelone hier soir, au prix d’une dizaine de minutes de grosse souffrance… Seulement. Venus au Camp Nou pour conserver leur avantage superbement acquis à l’aller, les Milanais ont passé 90 minutes dans leur camp. Pas ou peu de pressing ni de contre-attaque : « une fois le Barça dans ta moitié de terrain, ne prend pas le risque d’en ressortir. Un ballon perdu et tu es en danger. »

J’en ai parlé plusieurs fois au moment d’évoquer le jeu du Barça. Les Catalans sont les plus dangereux lorsqu’ils arrivent à déployer leur pressing dans le camp adverse. L’adversaire récupère un ballon, tente de se déployer, passe de sa phase défensive à celle de construction et beng, pris par le pressing du Barça il perd le ballon dans son camp, n’a pas le temps de se replacer et n’a plus qu’à constater les dégâts. Mourinho l’avait déjà très bien compris à l’aller : le ballon gagné, les défenseurs de l’Inter sautaient leur milieu de terrain pour essayer de toucher Sneijder en relais avancé ou Milito en pointe et dans la profondeur. Hier, ils se sont contentés de renvoyer dans le camp adverse. Sans forcément se redéployer. En même temps, ils avaient deux buts d’avance non ?

A leur décharge, l’expulsion rapide de Motta a évidemment pesé lourd dans la balance du match. A peine l’Italien sorti de la pelouse, Mourinho adaptait son schéma de jeu en passant Eto’o côté gauche, Milito côté droit et le seul Sneijder en harceleur devant ses deux lignes de quatre défenseurs. Les deux attaquants se replient pour suivre les montées des latéraux catalans, le même genre de double couverture appliquée à l’aller et le Chelsea de Hiddink la saison dernière au même endroit. Et il faut bien ça car les Barcelonais occupent toute la largeur du terrain. Après avoir penché à droite en première période, ils encerclent littéralement le bloc milanais qui va de plus en plus se recroqueviller autour de sa surface au retour des vestiaires.

Mais l’Inter reste intraitable dans sa surface de réparation. Plus globalement, il ne cède pas dans l’axe où Xavi et Messi ne parviennent pas à trouver de solutions dans la profondeur. Avec Cambiasso et Motta puis Chivu en face pendant 90 minutes, c’est forcément compliqué. Résultat, Ibrahimovic n’a joué qu’un seul ballon en relais pour Messi ; le reste, il est allé les chercher sur les ailes. Pris dans l’axe, les Catalans vont tout tenter : tentatives en solo avec Messi, Xavi ou Pedro stoppées par Julio César, jeu sur les ailes avec des centres d’Alves, Pedro ou Jeffren constamment renvoyés par la défense de l’Inter…  Absolument rien ne va aboutir sur une situation inquiétante pour le onze de Mourinho. Jusqu’à ce que Piqué ne rejoigne ses attaquants.

Et là, pour la première fois on a senti de la panique dans l’équipe de Mourinho. Et vu la réplique du Special One (faire entrer Cordoba pour passer à cinq défenseurs), je pense que c’était ce qu’il redoutait le plus de ce match. Déjà à l’aller, le défenseur du Barça avait inquiété ses adversaires. Hier, en jouant les attaquants de fortune pendant dix minutes, il a complètement désorganisé le bloc de l’Inter. En se renforçant derrière, ce dernier a déstabilisé son premier rideau, celui qui bloquait jusqu’ici Xavi et Messi, les deux dépositaires du jeu. Pas étonnant du coup de voir le capitaine catalan décalé pour faire sa passe décisive sur l’ouverture du score de Piqué. L’Inter a ensuite reculé pour finir en 6-3-0. Mais a tenu. Iniesta n’était pas là cette année…

On passe aux charts !

#1 Piqué : Oui je sais, surprenant de voir un joueur de l’équipe éliminé en tête des charts. Mais il a été monstrueux. De la couverture défensive qu’il a assuré seul pendant une bonne partie de la rencontre à son but que n’aurait peut-être pas mis Zlatan en passant par son apport à la construction. Un joueur exceptionnellement complet.

#2 Esteban Cambiasso : Le grand patron du milieu de terrain de la première ligne défensive de l’Inter. Dur sur l’homme mais pas trop pour éviter les fautes, fourbe juste comme il faut mais surtout toujours bien placé, il a réussi à éteindre Xavi et/ou Messi pendant 80 minutes. Un autre viré de Madrid qui retrouvera Bernabeu…

#3 Julio César : Malgré toutes ses difficultés, le Barça a réussi à cadrer quelques frappes. Lointaines pour la plupart, elles ont toutes été repoussées ou captées par le gardien de la Seleçao. Ces arrêts sur les frappes de Xavi et Messi (je crois) dans le money-time ont dû rassurer beaucoup de Milanais sur l’issue de la rencontre.

#4 Samuel Eto’o : Pour son sacrifice d’une heure et demi. On le savait déjà après le match aller : s’il se sent intégré, le Camerounais s’arrachera pour ses coéquipiers. Hier soir, il a soutenu le toujours énorme Zanetti dans son couloir gauche sans rechigner. Applaudi par le public de Camp Nou après le match. La classe.

#5 Javier Zanetti : « Il n’a pas perdu le moindre duel quelque soit l’adversaire ou le côté du terrain qu’il a dû défendre. Ajoutez à cela une relance jamais prise en défaut, une expérience très utile sous la pression. » J’ai écrit ça il y a une semaine. J’ai enlevé la partie sur le pressing dans le camp adverse pour que ça colle encore.

N’oubliez pas la première partie de l’analyse : le fil tactique ! Barça/Inter : le fil tactique

Share

1 comment to L’Inter ne l’a pas Piqué

  • Dragibus

    Que dire également du découragement des barcelonais en ce qui concerne les centres… hormis un ballon amenant une remise de Zlatan (1ere MT) et bon ballon pour la tête de Bojan (2nde MT). Tant Pedro qu’Alvès ont été très imprécis dans ce domaine. Et l’apport offensif de Milito à gauche fut proche du néant. Faut dire que les barcelonais, Zlatan notamment, n’ont attendu les ballons qu’au second poteau et quand on attend un ballon derrière Lucio, on peut être sûr qu’il n’arrivera pas.

    Je dirais que le Barça a bien occupé la largeur mais sans pour autant vraiment combiner sur les côtés pour réussir une passe en retrait, signature du Barça et chose réussie à l’aller et récompensée d’un but… Comme l’a dit justement Denoueix, intervalles se refermaient quand les barcelonais cherchaient des passes dans le dos de la défense entre les centraux et les latéraux italiens, grâce à la qualité du placement de l’Inter, qui avait tissé une maille hyper-régulière sur ses 35 mètres…

    Quand le temps a passé le Barça, par lassitude ou par fatigue n’a plus renversé assez vite le jeu d’une aile à l’autre pour exploiter les débuts de décalages qui se créaient fatalement. Au contraire la présence d’Alvès et d’autres (Piqué, Keita) dans une zone de la largeur de la surface de réparation intériste a laissé Messi, Xavi et Touré combiner entre eux mais sans appui latéraux. Malgré les quelques opportunités de frappes de ces trois-là, on a le sentiment que le bloc-béton intériste aurait pu s’effriter à 10 et avec la répétition des efforts, si on avait insisté pour l’étirer. Finalement, ce Barça est allé dans l’intérêt de l’Inter en terminant ce match à 5 attaquants… statiques. En 90 min, Xavi a réussi à trouver une seule fois l’intervalle dans cette forteresse, pour Piqué comme tu le montres bien… Et le but aurait pu être refusé.

    PS : j’aurais également dit un mot de l’art très Mourinhien de ralentir le rythme d’un match…ReplyQuote

Leave a Reply

 

 

 

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>