Bordeaux, si près, si loin…

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C’est quand même bizarre le football. Trois matchs, deux victoires à domicile et un nul à l’extérieur chez la plus grosse équipe de leur poule et les Girondins ne m’ont toujours pas convaincu de leur capacité à décrocher leur qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Moi qui espérais tirer des plans sur les matchs retours dès ce soir, je suis aujourd’hui incapable d’anticiper sur le comportement des Bordelais dans quinze jours à l’Allianz Arena. Des plans optimistes en tout cas… Car après une première mi-temps où ils m’ont impressionné, les hommes de Laurent Blanc sont tombés dans des travers qui auraient pu leur coûter chers face à une équipe pourtant en infériorité numérique.


Le début de rencontre est entièrement à l’avantage du Bayern. Sans se créer des occasions, les Munichois profitent du temps d’avance sur leurs adversaires pour confisquer le ballon. En face, Bordeaux court, subit et Ciani ouvre malencontreusement le score pour les visiteurs très rapidement (6e). Alors que l’on imagine déjà la grosse machine allemande se mettre en route, les Bordelais vont profiter de ce sale coup pour véritablement rentrer dans leur match. Wendel et Plasil lancent la chasse en empêchant Lahm et Altintop de monter, ce qui empêche le Bayern de développer quoi que ce soit par les ailes. Je précise, pour ceux qui auraient omis ce détail en ouvrant cette page, Van Gaal avait troqué son 4-3-3 pour un 4-4-2 en losange, d’où l’importance des latéraux pour créer des décalages. De Planus à Chamakh, les Bordelais haussent le ton et répondent enfin à l’engagement physique mis par le champion d’Allemagne depuis le coup d’envoi.

Au fil des minutes, Bordeaux reprend la possession de balle et oblige ses adversaires à courir après. Et ils n’aiment pas ça : Müller et Badstuber sont avertis, Van Bommel échappe à la sanction on ne sait pas comment et surtout, les coups de pied arrêtés se rapprochent de plus en plus de la cage de Butt. De quoi mettre un peu plus la pression sur des Munichois trop habitués aux joutes européennes pour trembler devant les approches bordelaises. Malgré les déplacements et les nombreuses permutations du quatuor Fernando-Gourcuff-Plasil-Wendel, les Girondins ne se créent aucune occasion franche dans le jeu. Après quelques décalages crées en début de partie, le Bayern arrive à bien bloquer ses couloirs pour répondre aux montées de Chalmé et Trémoulinas. Et s’ils arrivent à centrer, le duo Van Buyten-Badstuber renvoie tout de sa surface. Pour faire simple, Bordeaux tient la balle dans le camp adverse mais il lui manque l’accélération soudaine, un joueur qui passe en un-contre-un ou un enchaînement rapide après un changement de jeu, pour réellement mettre en danger le bloc munichois.

Les 32 000 (et quelques) spectateurs, et moi-même, sont donc plutôt soulagés lorsque Ciani, d’une splendide Madjer, remet les deux équipes à égalité. Au passage : troisième match de Ligue des Champions, un penalty concédé samedi, un but contre-son-camp ce soir et il marque de cette façon avant de faire un énorme match derrière… A croire que Diawara a oublié son Mojo dans les vestiaires du Haillan. Bref, on revient très vite au match puisque deux minutes plus tard, Müller nous offre un splendide pêché de jeunesse en recevant un deuxième avertissement pour une faute idiote sur Chalmé. Les coups de sifflet sont tellement à l’avantage des Bordelais à ce moment de la partie que je me demande quelle est la grosse équipe sur la pelouse. Réussir à mettre une telle pression sur le grand Bayern, et aussi sur l’arbitre il ne faut pas se le cacher, de la part d’une équipe française et en Ligue des Champions, c’est véritablement la chose qui m’a le plus impressionné ce soir côté Bordelais. Ses joueurs réduits à dix, Van Gaal change ses plans, passe à un 4-2-3 et Tymoschuk laisse un peu plus de liberté à Gourcuff.

Malgré ça, les Girondins ne réussisent à trouver la faille dans le bloc munichois. Les choses ne sont pourtant pas si mal amenés : alors que Wendel, Gourcuff et Plasil fixent dans l’axe, les latéraux sont montés d’un cran pour étirer la défense adverse. Mais, ils connaissent toujours le même souci à 25 mètres des buts adverses. Le ballon circule de gauche à droite ; d’un seul coup, un milieu allonge sur le latéral entièrement seul mais le soutien met plus de temps à venir que le défenseur adverse. Ce dernier n’étant que rarement inquiété en un contre un, le latéral tente un centre en profondeur peu dangereux pour la défense munichoise ou repasse derrière lui pour un nouveau tour de possession. Du coup, lorsque le public de Chaban-Delmas voit la déviation de Planus mourir dans la lucarne de Butt, il explose comme il ne le fait que très rarement. A cinq minutes de la pause, Bordeaux est en tête de sa poule grâce à quatre buts inscrits sous coups de pied arrêtés. Et oui, cette saison, Bordeaux n’a encore jamais marqué dans le jeu en Ligue des Champions.

Et ce n’est pas la deuxième mi-temps qui va me faire mentir. Alors que les spectateurs reviennent des buvettes avec l’espoir de voir leurs favoris humilier un grand d’Europe, ces derniers rentrent sur la pelouse en ayant laissé leur état d’esprit au vestiaire. Des déplacements incessants des offensifs en première mi-temps, il ne reste que ceux de Marouane Chamakh qui se bat mais perd encore beaucoup de ballons. Derrière lui, c’est figé : Wendel à gauche, Plasil à droite et Gourcuff qui souffre toujours autant face à Tymoschuk qui ne s’était finalement pas vraiment éloigné. Peu décidé à subir, le Bayern joue très haut et il n’y a que sur de trop rares ouvertures en profondeur réussies que les Bordelais peuvent approcher le but de Butt.  Il faut dire que de Wendel à Plasil en passant par Chamakh, aucun des titulaires n’est adepte de ce genre d’appels dans le dos de la défense. Pire, les dix Munichois se permettent d’inquiéter Carrasso en profitant du manque d’application des milieux bordelais dans les transmissions. Mais Planus, impérial face à Toni en première période, l’est tout autant face à Klose.

En plein temps fort du Bayern, Marouane Chamakh offre une occasion inespérée à Gourcuff de tuer le match en allant presser Butt et obtenir un penalty. Le futur Zidane n’a pas d’autre idée que de s’essayer à la Panenka sous les caméras de la première chaîne de France. C’est raté. Mais au moins, ce fait de jeu a eu le mérite de réveiller des Girondins qui obtiennent une deuxième grosse occasion dans la foulée avec un centre fuyant de Wendel que ni Chamakh, ni Plasil ne peuvent reprendre. Sept minutes plus tard, le géant Toni, sollicité et de plus en plus dominant dans les airs, trouve le poteau droit de Carrasso complètement battu. Chaban-Delmas souffle. Au courant de la montée en puissance de son attaquant, Van Gaal change de système et ajoute un joueur de couloir avec qui ses latéraux peuvent combiner pour trouver des positions de centre. Heureusement pour Bordeaux, Wendel et Plasil ne négligent pas le repli défensif et viennent prêter main forte à Trémoulinas et Chalmé. Impressionnant dans le combat en deuxième période, Chamakh obtient un second penalty que Jussiê se charge de rater cette fois.

Toujours 2-1. Gomez a remplacé Toni. Le gabarit est toujours là mais plus la domination. Planus et Ciani reprennent le dessus et, avec le renfort de Fernando et Diarra, ne concèdent plus un pouce de terrain. La fin de match bordelaise manque de maîtrise, les ballons partent dans tous les sens, mais le résultat est là. Grâce à sa belle première mi-temps, Bordeaux l’emporte et prend la tête du groupe A. Mais sa prestation après la pause soulève plusieurs interrogations pour la suite de la compétition. Incapables de déstabiliser dix, puis neuf Munichois, les Girondins ont dû batailler jusque dans les ultimes secondes pour remporter cette rencontre. C’est vrai, les efforts produits en première période, dans les duels et les déplacements sans ballon, ont certainement pesé dans les jambes bordelaises. Au passage, si c’est vraiment le cas, pourquoi attendre la 83ème minute pour changer les milieux excentrés ? Mais quand on a deux pénaltys pour tuer la rencontre, il n’y a aucune excuse. Attention, vu la physionomie du groupe, tout pourrait se jouer à la différence de buts particulière. A suivre…

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3 comments to Bordeaux, si près, si loin…

  • Je pense que Bordeaux fera match nul contre le Bayern ou la Juve, sachant que c tous deux des maths à domicile. Le déplacement au Maccabi sera délicat mais je vois bien les Girondins allaient chercher les 3 points. Soit 4 points pris sur 9 possible, c’est moins bien que pour les matchs aller mais ça suffira pour se qualifier.
    C’est mon avis.ReplyQuote

  • Une victoire à Munich et c’est les huitièmes assurés. Un nul à Munich et une victoire contre la Juve OU Haïfa et c’est la qualif aussi. Après les sept points de la phase aller, tout pousse à l’optimisme, le problème c’est que la deuxième mi-temps des Girondins m’a oté toutes les certitudes affichées lors de la première. Aujourd’hui, je suis incapable de dire ce que peut faire Bordeaux à Munich. L’état du Bayern sur ce match (offensivement) laisse augurer du meilleur pour les Français mais la deuxième mi-temps, où ils ont donné l’impression de se sentir supérieurs plutôt que de l’être dans les faits est inquiétante.ReplyQuote

  • [...] analysé : France-Feroe, France-Autriche, Uruguay-Argentine, Auxerre-Bordeaux, Toulouse-Paris SG, Bordeaux-Bayern Munich, Lille-Genoa, Bordeaux-Le Mans, Liverpool-Manchester United, Bordeaux-Monaco, Bayern [...]ReplyQuote

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