Qui l’aurait cru au moment du tirage au sort de la phase de poules ? Après cinq journées et avec le Bayern et la Juve comme adversaires directs, les Girondins de Bordeaux ont le même nombre de points que les mastodontes européens que sont Chelsea et Arsenal. Un point encourageant à Turin, un match poussif face à Haïfa, une victoire logique mais mal géré à domicile puis un exploit défensif à l’Allianz Arena face à un Bayern diminué, les Bordelais ont cette fois baladé la Juventus à Chaban-Delmas pendant 90 minutes. Le match-référence. Et n’en déplaise aux fans de la Gourcuff-dépendance, l’international français n’était pas de la partie.

Touché aux adducteurs, l’international français est remplacé par Jaroslav Plasil au coup d’envoi. Le Tchèque évolue donc pour la première fois en soutien de Chamakh dans le 4-2-3-1 habituel de Blanc en Coupe d’Europe. Sur le banc depuis le début de la campagne, Yoan Gouffran en profite lui pour s’installer sur le côté droit du milieu de terrain bordelais. Le reste tient du grand classique. Dans l’autre camp, la Juventus utilise le même système de jeu : Melo et Sissoko sont à la récupération, Camoranesi et Del Piero sont chargés d’animer les couloirs et Diego évolue en soutien d’Amauri seul en pointe. En préférant Del Piero à Giovinco sur l’aile gauche, Ferrara fait le choix de l’expérience de la Coupe d’Europe à celle du poste. La suite ne lui donnera pas raison.
Son organisation est en effet très rapidement prise à la gorge par le pressing girondin. Leaders dans ce domaine, Fernando et Plasil ne laissent pas d’espaces à Melo et Sissoko et coupent ainsi la liaison entre les récupérateurs et Diego, leur meneur de jeu. Ces derniers doivent alors se contenter d’écarter vers Del Piero et Camoranesi, deux joueurs plus à l’aise dans les 25 derniers mètres qu’à 40 mètres du but adverse. Résultat, les prises à deux (Wendel-Trémoulinas ou Gouffran-Chalmé) se multiplient sur les ailiers d’une Juve qui, enfermée sur les côtés, ne peut rien construire de probant. Elle tente alors de sauter le milieu de terrain pour trouver directement Amauri ou Diego mais les deux hommes sont battus dans l’engagement par la défense Planus – Ciani, parfois supplée par Diarra qui, sans adversaire direct, partage ses tâches entre du pressing dans le camp adverse et le ratissage des ballons devant sa défense.
Uniquement inquiété lorsque Diego arrive à décrocher sans être suivi par Diarra (très peu souvent), Bordeaux maîtrise les débats. Dans l’entrejeu, Plasil réalise un première mi-temps splendide de meneur de jeu (l’une de celles à montrer au titulaire habituel du poste pour la simplicité et l’efficacité de son jeu). Le ballon est remonté par la gauche ? Le Tchèque ne se pose pas de questions et renverse le jeu pour décaler Chalmé sur le côté droit. Même chose de l’autre côté. En retrait du Tchèque, Fernando applique la même recette avec un petit peu moins de réussite. Les décalages des latéraux et les centres pleuvent sur la défense turinoise mais personne n’est là pour les reprendre, malgré la présence régulière de Wendel et Gouffran avec Chamakh dans la surface de réparation. En difficulté dans le jeu, coincé entre Chiellini, Melo et Sissoko, le Marocain va d’ailleurs prendre une autre envergure au retour des vestiaires.
A la reprise, Ciro Ferrara change de système pour aligner un milieu de terrain en losange et une paire Del Piero – Amauri devant. Pour plusieurs raisons : ajouter un joueur (Del Piero en l’occurence) dans la zone de Planus, Diarra et Ciani ou encore coller un vrai défensif (Sissoko) sur le dos de Chalmé qui s’est régalé dans un couloir où Grosso et Del Piero étaient ses adversaires directs. De même, ce système entraîne généralement un circuit de passes allant de l’extérieur (les latéraux) vers l’intérieur du terrain, l’inverse de la première période où Melo et Sissoko avaient été incapables d’alerter leurs ailiers dans la profondeur. Si Plasil et Fernando se font en effet plus discrets en deuxième mi-temps, cette nouvelle organisation turinoise, qui enlève un défensif dans l’axe, permet le début du show Chamakh qui se met à peser sur le côté droit de la défense turinoise (Legrottaglie – Caceres).
Alors qu’elle semble mieux résister au pressing bordelais, la Juve craque sur un coup-franc obtenu après un mauvais retour de Caceres sur Chamakh. Centre de Plasil, tête de Fernando, 1-0, 54ème minute. Chaban peut souffler, le 1-0 « à l’italienne » n’aura pas lieu même si une frappe de Diego et un centre de Del Piero font passer quelques frissons pendant les minutes qui suivent. Les Turinois ont laissé passer leur chance. Ferrara fait sortir tour à tour Del Piero (68e, par Immobile) puis Amauri (77e, par Giovinco) pour retrouver le 4-2-3-1 qui avait été dominé par Bordeaux en première période. Il le sera aussi pendant les dix dernières minutes, après quelques moments dignes du football gaëlique dans l’engagement et les coups portés des deux côtés. C’est une autre chose à noter d’ailleurs sur ce match, comme face au Bayern, Bordeaux a su « gagner » certains coups de sifflet importants. Une chose impensable la saison dernière.
Bref, sur tous les plans, Bordeaux a maîtrisé la Juventus. Certes, la Vieille Dame s’était déplacé sans quelques membres importants (Iaquinta, Trezeguet en tête obligeant le retour à une seule pointe en fin de match). Mais les Girondins avaient aussi un absent de marque. Plasil a réussi à le faire oublier en livrant une première période superbe de justesse dans le jeu et d’abnégation en phase défensive. Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est cette capacité à pouvoir jouer sur plusieurs points forts selon les réactions de l’adversaire. Pressing et jeu court d’une aile à l’autre face au 4-2-3-1, attente et jeu sur Chamakh et le point faible de la défense turinoise face au losange, les Girondins ont donné une leçon de football à la Juve. Et l’Europe en a eu vent. Vivement le printemps !
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Juste j’aimerais rajouté que Gouffran devient de plus en plus percutant et présent dans le jeu bordelais sur les deux derniers matchs.Reply – Quote
[...] Girondins de Bordeaux sur la scène européenne grâce à leur match face à la Juventus de Turin (l’article – votez). La semaine s’est enfin terminée par la présentation d’un nouveau [...]Reply – Quote