Bordeaux évite le piège

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Ce qui est bien avec la Ligue des Champions, c’est que presque aucun match n’est réellement facile. Sauf peut-être s’il s’appelle Barcelone, aujourd’hui, aucun club n’a la certitude de sortir vainqueur. Bordeaux a failli l’apprendre à ces dépens mercredi face à une équipe du Maccabi Haïfa très accrocheuse et parfaitement en place. Incapable de développer du jeu dans l’axe, les Girondins s’en sont remis aux débordements de leurs latéraux avant de finalement trouver la faille comme le font souvent les grandes équipes : sur coup de pied arrêté. Alors que Diawara coulait à pic avec l’OM à Madrid, c’est son successeur, Michael Ciani qui a délivré Chaban-Delmas à huit minutes du coup de sifflet final.


Pour la première fois depuis qu’il a découvert la C1, Laurent Blanc a abandonné son 4-2-3-1 et conservé son losange au coup d’envoi. L’absence de Gouffran a fait le bonheur de Fernando Cavenaghi qui a retrouvé les terrains après quelques semaines d’incertitude. Le reste de l’équipe est identique à celle qui a battu Rennes dimanche soir. Dans le camp d’en face, le Maccabi est organisé dans un 4-2-3-1 avec cinq milieux regroupés entre le rond central et leurs vingt mètres, la zone de prédilection des créateurs bordelais. Principale victime de cette tenaille israélienne, Yoann Gourcuff passe complètement à côté de la seule mi-temps qu’il dispute à cause de douleurs aux ischios-jambiers.

Incapable de donner l’impulsion, le meneur bordelais dézone beaucoup pour essayer de trouver le moindre espace : à droite aux côtés de Chalmé, à gauche avec Trémoulinas mais à chaque fois, il est pris par un Israëlien dès qu’il tente de se mettre dans le sens du but. Il tente aussi d’évoluer plus haut, quasiment à hauteur de Chamakh et de Cavenaghi mais les espaces sont trop réduits pour qu’il y réussisse quoi que ce soit (d’autant plus qu’il est diminué). En plus, les attaquants s’étant marchés sur les pieds pendant une bonne partie de la rencontre (voir par ailleurs), l’international français accroit l’embouteillage dans cette zone du terrain. Gourcuff pas dans son assiette, Jaroslav Plasil éparpille ses forces entre l’axe du terrain et le soutien à apporter aux montées de Chalmé, son latéral.

C’est d’ailleurs grâce à ces deux purs joueurs de couloir que les Bordelais portent le danger. Très actifs, Trémoulinas et Chalmé ont passé 90 minutes à multiplier les allers-retours d’une moitié de terrain à l’autre, envoyant des centres plus ou moins dangereux (surtout moins) dans la surface du Maccabi. En forçant les Girondins à faire participer leurs latéraux pour créer des décalages, les Israëliens s’offrent d’excellentes situations de contres-attaques. En première période, ils ont notamment plongé trois fois dans le dos de Trémoulinas, alors monté aux avants-postes. On soulignera au passage la vivacité et la qualité de transmissions des Israéliens sur ces phases de jeu qui ont fait passer quelques frissons dans les travées de Chaban-Delmas.

Au retour des vestiaires, l’entrée en jeu de Fernando, à la place de Gourcuff, transforme complètement le jeu girondin. Dès les premières minutes, le Brésilien enfile le costume du patron au milieu de terrain, distribuant des ballons et des consignes à tout va. Intelligemment, il choisit de se positionner dans le rond central, quasiment aux côtés d’Alou Diarra et devant les deux lignes défensives du Maccabi de façon à se retrouver face au jeu pour l’orienter rapidement : longue transversale sur des latéraux démarqués ou ouverture en profondeur pour chercher la tête de Chamakh, tout y passe et cette variété, absente en première mi-temps, contribue sans doute à la baisse de rythme du Maccabi pendant la dernière demi-heure.

Entré en jeu à la place de Cavenaghi pour tourner autour des déviations de Chamakh, David Bellion est le premier à se créer une occasion lancée par une passe plein axe. On est alors à 20 minutes de la fin. Se sentant peut-être au bord de la rupture comme face à Munich (ils avaient craqué à la 75ème minute), les joueurs du Maccabi refont surface et se procurent deux grosses occasions entre la 70ème et la 80ème minute. Il faut néanmoins souligner que Bordeaux a aussi du mal à finir son match et qu’à plusieurs reprises, les Girondins sont restés spectateurs du jeu court israélien, notamment au milieu de terrain, ne réagissant qu’au moment où les joueurs d’Haïfa se retrouve en position de marquer ou de faire marquer.

Heureusement pour les Girondins, le corner victorieusement repris par Ciani arrive trois minutes plus tard. Le coup-franc post-euphorie bien dégagé par la défense, ils ont ensuite géré la fin de match sans difficulté face à des Israéliens sans doute trop fatigués pour se rebiffer. Bordeaux n’avait sans doute jamais aussi souffert depuis le début de la saison mais a quand même gagné. En plus d’un adversaire vraiment à la hauteur, on mettra aussi cette victoire difficile sur le dos d’un possible excès de confiance de la part de certains joueurs. Je termine par un petit coup de chapeau aux trois entrants bordelais (Fernando, Bellion et Sertic) qui ont énormément pesé dans la victoire finale, chacun à leur manière.

Bonus : Cavenaghi-Chamakh, pourquoi ça ne fonctionne pas ?
La saison dernière, Fernando Cavenaghi et Marouane Chamakh formaient un duo complémentaire à la pointe de l’attaque bordelaise. Alors que l’Argentin décrochait beaucoup pour participer au jeu et dézonait pour soutenir les montées de Trémoulinas, son partenaire restait en pointe où il jouait les points d’appui. Derrière les deux hommes, Gourcuff s’engouffrait dans les intervalles pour tenter de faire la différence. Bref, l’ensemble fonctionnait. Face à Haïfa, Chamakh et Cavenaghi ont passé la majeure partie du temps dans la même zone, et sur la même ligne pour faire simple collés aux défenseurs centraux adverses : aucun mouvement, aucune entente visible entre les deux hommes. Ces difficultés semblent être liés à la condition physique de l’Argentin. A 100%, Cavenaghi est un joueur mobile, capable de redescendre souvent pour toucher le ballon et le redistribuer presque comme un deuxième meneur : Cavenaghi joue le point d’appui à 40 mètres des buts adverses et suit l’action pendant que Chamakh joue le point d’appui devant la surface. Contre Haïfa, Cavenaghi ne quittait pas la pointe de l’attaque, à part pour combiner côté gauche. Résultat : deux attaquants sur la même ligne qui proposaient les mêmes solutions (remises dos au but) auxquels s’ajoutait Yoann Gourcuff qui les a rejoint en fin de première période pour fuir les trois milieux de terrain israéliens. Lorsque Bellion est entré à l’heure de jeu, le jeu bordelais a gagné en clarté ; Chamakh était seul en pointe et l’entrant tournait autour de lui pour récupérer les ballons déviés dans la profondeur. En plus, l’ancien Mancunien étant en grande forme, il a apporté une touche de percussion qui a énormément manqué au jeu girondin pendant l’heure de jeu précédant son entrée sur la pelouse. Tout ça pour dire qu’en attendant un retour à 100% du buteur argentin, les supporters devront se contenter de Chamakh ou de Cavenaghi sur les pelouses de Ligue 1 et de Ligue des Champions.

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