The Special One les avait pourtant prévenus avant la rencontre. Dans son style inimitable, avec un brin d’alaindelonisme, il avait lâché : « Chacun sait que Mourinho ne perd pas à Stamford Bridge. Mon bilan est imbattable. Il est stupéfiant. » Stupéfaits, les spectateurs londoniens et des téléspectateurs dans l’Europe entière l’ont été devant la démonstration de l’Inter sur la pelouse de l’équipe que l’on annonçait au mois de décembre comme étant la seule capable de disputer la suprématie européenne à Barcelone. L’Inter lui peut-être a ravi ce titre honorifique hier soir. Pas sûr que cela suffise à Mourinho…
Au coup d’envoi, comme d’habitude, le Mou surprend tout le monde. Ce qui, si c’est une habitude, ne devrait plus arriver normalement mais passons. Venu pour défendre son avantage d’un but, l’Inter se déplace avec quatre joueurs à vocation offensive dans son onze de départ. Pas forcément une surprise si l’on se dit qu’un seul but suffit à Chelsea : l’Inter doit marquer. Non, ce qui est plus surprenant c’est leur disposition sur le terrain et surtout le positionnement d’Eto’o ailier droit en phase défensive alors que Milito se défend seul à la pointe de l’attaque milanaise. Autour du classique : Pandev à gauche, Sneijder dans l’axe devant un duo Thiago Motta / Cambiasso. Derrière, le même back four qu’à l’aller : Maicon / Lucio / Samuel / Zanetti. A Chelsea, on fait dans le 4-3-3 classique avec l’attaque 100% francophone (Drogba, Malouda, Anelka) devant Ballack, Lampard et Mikel. De retour de blessure, Zhirkov reprend sa place au poste de latéral gauche derrière Malouda.
Le Russe est un des joueurs-clés de la rencontre. Avec un Florent Malouda très actif dès les premières minutes de jeu, il a plusieurs opportunités pour provoquer le surnombre dans son couloir. Malheureusement pour lui et pour Chelsea, Mourinho applique la recette classique des équipes qui ne veulent pas céder sur les côtés. Les ailiers (Eto’o et Pandev) suivent les montées des latéraux (Zhirkov et Ivanovic) et empêchent ainsi tout surnombre dans les couloirs sans qu’un milieu défensif n’ait à venir compenser et ainsi libérer des espaces dans l’axe pour Lampard et Ballack. La phrase est longue mais plutôt claire, non ? Bref, l’Inter est souverain sur les côtés et les premières minutes de Samuel Eto’o nous laisse clairement penser que le Camerounais va nous livrer une prestation exceptionnelle. Comme à chaque grand rendez-vous, ou presque. Chelsea penche à gauche mais ne passe pas. A droite, Anelka se retrouve avec quelques duels à jouer face à Zanetti mais se fait prendre très facilement.
Après quelques minutes de flottement dans ses relances, symbolisées par les dégagements manqués de Thiago Motta, l’Inter se met peu à peu à développer son jeu, assez atypique puisque complètement déséquilibré sur le côté droit. Je ne sais plus quel entraîneur français en parlait dans une interview, il disait en substance : tant que votre équipe ne s’affaiblit pas en phase défensive, vous pouvez parfaitement avoir un côté fort et un côté faible en attaque. Lorsque l’on a un latéral qui s’appelle Maicon, on a immédiatement un côté fort. Tout le jeu placé de l’Inter en première période aura pour but d’atteindre le Brésilien en bout de chaîne préparation. C’est simple : Milito, Eto’o, Sneijder, Cambiasso, Thiago Motta et Zanetti, tous travaillent sur un petit périmètre à gauche du rond central pour attirer tout le bloc de Chelsea. Puis arrive le renversement de jeu dans la course de Maicon grâce aux pieds droits de Zanetti, Sneijder ou Milito. Le Brésilien se retrouve libre sur quelques mètres pour faire son choix : déborder, envoyer un centre en profondeur, servir Eto’o dans le couloir ou temporiser.
Parti pour maîtriser la rencontre, l’Inter va se faire balloter à partir de la demi-heure de jeu pour une raison simple. Rappelez-vous, les hommes de Mourinho utilisaient le classique duo ailier-latéral pour bloquer les attaques sur les ailes. Ajoutez un joueur de Chelsea dans la zone et le surnombre est fait ! Complètement transparent depuis le début de la rencontre, Nicolas Anelka endosse ce rôle de joyeux trublion et va donc donner un coup de main à Malouda et Zhirkov sur l’aile gauche. L’attaquant des Bleus se rapproche aussi de Dider Drogba. Coup de bol ou coïncidence, l’Ivoirien se met justement à remporter ses premiers duels dans les airs face à Walter Samuel. Mais l’Inter a réponse à tout : un défenseur suit Drogba sur chaque duel aérien et les trois autres se déplacent en fonction des mouvements des deux (voire trois ou quatre) autres offensifs de Chelsea. Pour peu que le ballon traîne un peu trop dans l’axe, les Milanais s’en remettent même à Samuel Eto’o, qui après avoir joué ailier et latéral, se retrouve à faire les pompiers de service au poste de milieu défensif. Sneijder a mieux à faire…
Le Néerlandais est en effet le premier jouer recherché par la relance nerrazurri (ouais, je me la pête). Et pour cause, depuis le début de la rencontre, l’heureux mari de Yolanthe Cabau envoie des chocolats en contre-attaque pour Eto’o ou Milito. Souvent, l’attaquant est mis hors-jeu par le bon alignement de la défense de Chelsea. Jusqu’à cette fatale 78ème minute où Sneijder envoie un caviar dans la course d’Eto’o qui a su se faire oublier à gauche. Turnbull tombe, la sentence et Chelsea aussi. Les changements offensifs d’Ancelotti après la pause n’auront pas payé. L’entrée de Joe Cole à la place de Ballack a fait passer Chelsea en 4-4-2. L’Inter a répondu en faisant reculer Pandev. Par la suite, Mourinho assure en faisant entrer Stankovic, un spécialiste du poste de relayeur à la place du Macédonien. Avant de verrouiller le tout dans les cinq dernières minutes, l’entrée de Mariga faisant apparaître les deux lignes de quatre joueurs que l’on voit chez toutes les équipes cherchant la solidité défensive plus que tout le reste. Mourinho 1 – Ancelotti 0.




Pendant cette rencontre, je me suis concentré sur le jeu des 2 bleus, Malouda et Anelka.
Alors que Malouda a un jeu de mouvement très vertical, venant chercher la balle souvent assez bas (et proposant des dédoublements intéressants avec Zhirkov), Anelka a proposé un jeu horizontal, se balladant sur l’ensemble de la ligne de front et avec une participation défensive limitée à quelques zone press.
Force est de constater que le premier nommé à été plus présent dans la construction et dans la percussion, car même s’il manque de créativité, ses qualités physiques et techniques suffisent à le rendre dangereux dans le dernier tiers. A l’inverse, Anelka a rarement joué dans la profondeur, se permettant de perdre la quasi-totalité de ses duels (même sans duel, ses passes étaient d’ailleurs plus qu’imprécises ???) et de vendanger sa meilleure occasion sur un contrôle de poitrine trop long.
Si je remets ces prestations et l’état de forme des 2 joueurs dans la perspective de l’EDF, je comprends mal que Domenech fasse l’impasse sur un Malouda qui apporte du physique et de la vitesse sur le flanc gauche (coucou titi :P ) et titularise un Anelka fantomatique ?
Autre question : Qui est le « créatif » à Chelsea ? J’en viens même à penser que si Sneijder (la toute grande classe) avait changé d’équipe à la mi-temps, le résultat aurait été inversé !
Merci pour ton analyse, très intéressante … comme d’hab !Reply – Quote
Twitter: flotoniutti
Alors concernant Anelka et Malouda, on a en effet vu le même match. Malouda évoluait dans un couloir assez axial finalement (il ne suçait pas la ligne) et comme tu le dis dans la profondeur. Anelka est resté à droite pendant la première demi-heure avant de dézoner pour se rapprocher de Drogba et aller aider Chelsea à gauche. Et en effet, il n’a rien foutu : je me souviens m’être fait la remarque en direct après qu’il ait perdu piteusement un duel face à Zanetti. Il n’avance plus. Et oui, aujourd’hui, Malouda est un concurrent sérieux à la place à gauche en EdF, suffira d’une conversation entre Henry et Domenech (qui en résultera sur son repositionnement dans l’axe) pour que ça se fasse. Ribéry ? Qui ?
Après, le créatif à Chelsea c’est habituellement Lampard (encore que…quand Deco n’est pas là quoi). Hier, il est complètement passé à côté. Et pour cause, le gars est bon quand il arrive à lancer une action et profiter d’espaces pour se projeter ensuite. Hier, Cambiasso et Motta n’ont pas laissé le moindre espace dans l’axe, ils étaient campés devant Lucio et Samuel et n’ont laissé passer aucun milieu de terrain dans cette zone.Reply – Quote
Ce qui revient à dire qu’Anelka n’a plus rien à faire en EDF et que Malouda s’imposera à gauche et Ribéry à droite, Henry se décalant en pointe aux côtés d’un Benzema ou Saha, vu que Trezeguet a été écarté… cela n’empêchant d’aligner Lass Diarra aux côtés d’un Gourcuff voire d’un Diaby ou Nasri ou pk pas d’un Alou Diarra en position plus prudente, soit un 4-4-2 des familles ^^
Pour revenir à l’Europe, Mourinho a été le plus malin même si le duel retour a déçu dans sa créativité dans deux systèmes se neutralisant, avec un léger avantage avec le temps pour la formation qui possédait un but d’avance.. tendance qui confirme après Real-Lyon que recevoir le 2e match est de moins en moins un avantage en ces temps où l’écart est serré entre les différents prétendants au sacre suprême ; )Reply – Quote
[...] : L’analyse de la leçon de Mourinho est en ligne sur e-foot.eu. Visible à cette adresse. Je ne voudrais pas être l’adversaire de l’Inter Milan en quarts de [...]Reply – Quote