Lyon est aussi grand

Seulement quatre journées passées et déjà deux clubs français sur trois qualifiés pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions, c’est plutôt propre comme bilan. En attendant la possible désillusion en février, il est temps de revenir sur la qualification décrochée au bout du suspense par les Lyonnais à domicile face à Liverpool. Après 80 minutes des plus ennuyeuses, les choses se sont accélérées dans le Money Time, l’ouverture du score de Babel (82e) entraînant une réaction « de grande équipe » côté Lyonnais avec l’égalisation de Lisandro (89e).

Les premières minutes de la rencontre sont synonymes de round d’observation pour les deux équipes. Pour le spectateur, c’est le moment de découvrir les deux formations. Claude Puel ressort le 4-3-3 qui a écrasé Anderlecht avec Lisandro et Bastos en ailiers inversés. Côté Liverpool, Carragher dépanne à droite de la défense (Kyrgiakos-Agger) tandis que devant, Voronin est aligné en soutien de Torres, encadré par (de gauche à droite) Benayoun et Kuyt. Le manque de mouvement et de solutions pour le porteur de balle pousse le spectateur à s’intéresser aux duels d’homme avec en vedette, Carragher face à Lisandro et Torres face à Cris. Réveillère blessé, Benayoun lance les deux premières offensives des Reds côté gauche mais Torres puis Kuyt butent sur un Lloris déjà chaud. Dans la foulée de l’occasion de Kuyt, Gassama fait son entrée en jeu pour rééquilibrer le bloc lyonnais.

Les deux blocs n’affichent plus de point faible particulier. Les 22 joueurs évoluent sur la pelouse de Gerland en veillant à ce que les ballons perdus ne soient pas synonymes de danger sur ses propres buts. Aucun espace n’est laissé dans l’axe et dans la profondeur pour éviter que les attaquants des deux équipes ne se régalent (Torres et Lisandro en tête). Il n’y a que l’effet de surprise pour mettre un peu de folie dans cette rencontre, comme un coup de pied arrêté rapidement joué dans la profondeur pour Voronin qui se heurte à un Lloris impérial. Bref, la première période peut se résumer comme celles de deux équipes qui ont tout à perdre sur cette rencontre. Au fil des minutes, quelques failles apparaissent dans les blocs des deux équipes mais à chaque fois, une faute intelligente évite quelques sueurs froides aux deux gardiens de but.

La fin de la première période est à l’avantage de Liverpool qui profite d’une nouvelle blessure dans les rangs lyonnais (Pjanic) pour insister sur son côté gauche. Privé d’un de ses points d’appui pour relancer, Lyon n’arrive plus à sortir de ces 30 mètres jusqu’à l’entrée d’Ederson (de la 35e à la 39e minute). Dans les arrêts de jeu, les choses s’accélèrent : Lisandro est lancé sur l’aile gauche mais son centre ne trouve personne ; le contre de Liverpool, très rapide, perce le premier rideau défensif lyonnais et offre un duel face au but pour Torres face à Cris mais le Brésilien est une fois de plus imprenable ce soir. La donne ne change pas au retour des vestiaires : le travail de Lisandro au milieu de terrain libère quelques positions de centre pour Cissokho mais rien de concluant. A l’approche de l’heure de jeu, on sent que les lignes s’étirent, Gomis et Torres parviennent enfin à se mettre dans le sens du jeu mais sont pris par le surnombre défensif sauf lorsque l’Espagnol tombe sur un Lloris toujours très fort.

Les entrées de Babel à Liverpool et Govou à Lyon entre la 68e et la 71e minute changent le cours du match. Véritable ailier gauche, à l’inverse de Benayoun, le Néerlandais fait souffrir Gassama à chacune de ses prises de balle. Heureusement pour l’OL, Insua doit surveiller Govou et ne peut pas dédoubler lorsque son ailier repique dans l’axe. Gomis sorti, Lisandro lui succède à la pointe de l’attaque lyonnaise et fleure le coup parfait en suivant une remise pas assez appuyé de Kyrgiakos mais Reina sauve les meubles. Enfin, les deux équipes ont deux rôles clairs : Liverpool tient le ballon et pousse pour l’emporter, Lyon se recroqueville autour de sa surface et espère le bon coup en contre de Lisandro soutenu par les trois offensifs (Bastos, Ederson et Govou). On se rapproche de la configuration Bayern-Bordeaux de la veille. Sauf qu’à l’inverse du FC Hollywood, Liverpool a plusieurs joueurs de grand talent dans son effectif : Babel en fait partie et profite de l’absence de pressing pour décocher un missile qui finit sa course 25 mètres plus loin sous la barre de Lloris.

Liverpool tient ses trois points ; il ne reste plus qu’à hacher la fin de rencontre pour fausser définitivement le rythme. Mascherano et Lucas sortent du bois, N’Gog remplace Torres pour gêner la relance lyonnaise. Seul Babel continue son jeu de massacre sur Gassama qui peut remercier la maladresse du Néerlandais. Dernières secondes de la partie, Cris monte. Un long ballon. Une déviation de Bastos, Cris et Lisandro peuvent la négocier. Le Brésilien s’efface, l’Argentin termine. Lyon égalise et rejoint Bordeaux en huitièmes de finale. Dans le même contexte : en attendant un grand d’Europe qui avait absolument besoin l’emporter. Mais en comptant plus sur deux individualités de grande classe (Lloris et Lisandro) plutôt que sur une énorme solidarité défensive et 100% de réussite. Voilà une autre manière que les grands clubs utilisent parfois pour remplir leurs objectifs. Poncif pour conclure : les clubs français ont de plus en plus de cordes à leurs arcs.

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