Roy Hodgson n’est pas passé loin de réaliser la performance de la saison en amenant Fulham sur le toit de la petite Europe. Mais le mérite ne suffisant pas en football, Fulham, malgré ses victoires face au Shakhtar, la Juve et Wolsburg, n’a pas pu franchir la dernière marche. La faute à l’Atletico Madrid, sa troisième victoire en Ligue Europa et sa star, Diego Forlan, une nouvelle fois présent dans le money-time après avoir offert la qualification à Liverpool en demi-finale. Après le fil tactique, c’est l’heure de la review.
La rencontre démarre sur un rythme plus que calme. Aucune des deux équipes ne souhaite se découvrir et l’on assiste à un échange de missiles envoyés d’une défense à l’autre. Côté Fulham, le milieu de terrain densifié par Hodgson coupe les solutions de relances courtes pour les défenseurs de l’Atletico. Ces derniers balancent alors sur Aguero ou Forlan… Qui sont dominés dans les airs par Haageland et le reste de la défense londonienne. Celle-ci récupère le ballon mais doit ensuite faire face au pressing des attaquants madrilènes, bien suivi par les milieux de terrain. Forcés de parer au plus pressé, Haageland et ses potes renvoient le ballon dans le camp adverse en espérant que Zamora réussisse à le tenir en attendant les mouvements de ses milieux offensifs.
Laissé au bord de la route pour l’Afrique du Sud, l’attaquant anglais est l’indispensable aux offensives de Fulham. Sur les côtés, Duff et Davies travaillent plus dans la latéralité, pour assurer de longues phases de possession de balle jusqu’à ce qu’une passe vers l’avant vienne toucher Zamora pour lancer le mouvement final. L’attaquant n’est toutefois pas seul ; aligné derrière lui, Zoltan Gera joue plus les attaquants de soutien que les meneurs de jeu et apporte des solutions sur les ailes (que ne prennent pas les ailiers je vous le rappelle). Du côté de l’Atletico, les attaques sont beaucoup moins posées. Les deux milieux et les latéraux font circuler le ballon jusqu’à ce qu’une accélération de Reyes ou Simao vers l’axe ne désorganise le bloc de Fulham. Ces deux projets nous amènent à un 1-1 après la demi-heure de jeu.
Par la suite, Fulham va se laisser dominer. Pour les dribbleurs de l’Atletico, deux lignes rapprochées sont forcément plus difficiles à franchir qu’une seule faisant opposition au milieu de terrain. Résultat, l’Atletico s’installe dans le camp londonien mais n’inquiète pas Schwarzer, si ce n’est sur des tentatives de loin. A la reprise, c’est pourtant Fulham qui reprend la main : beaucoup plus proches des deux offensifs, Duff et Davies forcent les récupérateurs de l’Atletico à reculer ce qui ouvre le terrain à Danny Murphy, LE meneur de jeu du système Hodgson. L’ancien Reds envoie plusieurs ballons intéressants mais la défense de l’Atletico s’en sortira à chaque fois tant bien que mal. Dempsey remplace Zamora pour apporter plus de solutions pour ce type de jeu (56e) .
Malheureusement pour Fulham, l’Atletico trouve la parade : les latéraux profitent du changement de registre des ailiers adverses pour venir prêter main forte à leurs ailiers. Ujfalusi multiplie les montées côté droit et Lopez en fait de même dans son couloir. Les conséquences ne se font pas attendre ; pour éviter de prendre l’eau, Fulham est obligé de rappeler ses ailiers à la rescousse pour soutenir Baird et Konchesky. C’est du coup tout le bloc de Fulham qui recommence à reculer pour se retrouver dans une configuration approchant celle de la fin de la première période. La fatigue physique (Davies, Duff…) en plus. Résultat, Fulham ne sort plus aucun ballon propre et s’en remet à Dempsey et Nevland mais craque finalement dans les prolongations sur un jaillissement de Forlan servi par Aguero. Les deux stars de la partie.
On passe aux charts !
#1 – Diego Forlan : Roland et Ferreri en ont fait des caisses pendant toute la rencontre. Injustifié jusqu’à ce qu’il jaillisse au premier poteau de Schwarzer pour inscrire le but victorieux : le moment où l’on sait rendu compte que les meilleurs buteurs savent se faire oublier pour revenir dans le money-time.
#2 – Danny Murphy : Quelques mauvaises passes en première période quand il était obligé de jouer dans la latéralité. Dès que ces coéquipiers lui ont offert de la profondeur, il a pu se régaler. Un huit à l’anglaise comme je les aime.
#3 – Tomas Ujfalusi : Le genre de mecs que je n’ai jamais trouvé mauvais à chaque fois que j’ai pu le voir sur un terrain. D’habitude dans l’axe, cette fois à droite, il n’est pas pour rien dans la fin du temps fort de Fulham avec la multiplication de ses montées pour faire défendre (et redescendre) Davies.
#4 – José Antonio Reyes : Il rentrait tellement facilement de la droite vers la gauche qu’il était capable d’assurer à lui seul, sans aucun relais des milieux de terrain, un changement de jeu vers Lopez et Simao/Jurado. A l’origine du but et très bon pied gauche sur coup-franc.
#5 – Zoltan Gera : Peut-être ma découverte de la soirée. Beaucoup d’activité et de mouvement devant, parfois même un pressing imposé sur la relance adverse mais pas assez d’occasions pour briller devant de Gea. Un gros combattant néanmoins.
Bonus track – Fulham/Bordeaux, un parallèle saisissant
Qui a copié sur qui ? La question pourrait être posée mais tout le monde s’en fout. Le fait est qu’hier soir, j’ai remarqué énormément de similitudes entre le système mis en place par Hodgson et celui qui a amené Bordeaux en quarts de finale de C1. On avait d’abord les deux ailiers (Duff – Davies) qui étaient plus là pour aider à la conservation du ballon que pour percuter ou déborder (comme Wendel et Plasil). Le duo d’attaquant ensuite : un milieu offensif reconverti plus attiré par le but que par la gestion du jeu (Gera) en soutien d’un point d’appui (Zamora), ça me rappelait salement le duo Gourcuff-Chamakh. Derrière, on avait Murphy en Fernando et Etuhu en Diarra. Pour ne rien arranger, Konchesky était très entreprenant à gauche (Trémoulinas). Seule grosse différence, la prudence de Baird comparée à celle de Chalmé sur le côté. Mais cet ensemble de similitudes était déjà assez conséquent pour un petit bonus non ? Réfléchissez-y…
N’oubliez pas que l’analyse, c’est aussi le fil tactique : Fulham-Atletico : le fil tactique



