Liverpool - United

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Un Liverpool exsangue restant sur quatre défaites consécutives face à un United froidement efficace et invaincu le 19 août dernier, le Crunch de la 10ème journée de Premier League paraissait plutôt déséquilibré au moment du coup d’envoi. Et pourtant, les Reds, sans Gerrard, ont profité de cette opposition pour se relancer et décrocher peut-être le match référence dont ils avaient besoin pour lancer leur saison. Lyonnais, prenez garde, à l’instar de l’OM il y a deux ans, le Liverpool qui viendra en France n’aura pas le même visage que celui battu à Anfield…

Sorti en fin de première période face à l’OL, Steven Gerrard regarde ses coéquipiers organisés en 4-2-3-1 depuis les tribunes. Daniel Agger est préféré à Skrtel pour jouer aux côtés de Carragher ; à gauche, on retrouve une doublette de latéraux avec Insua et Fabio Aurélio (au milieu) ; côté droit, Glen Johnson soutient Kuyt ; dans l’axe, Mascherano et Leiva évoluent derrière Benayoun, lui-même en soutien de Torres. Du côté de United, par rapport au dernier derby face à City (l’analyse ici), Scholes remplace Anderson dans l’axe tandis que Luis Antonio Valencia fait son entrée sur l’aile droite. La titularisation de l’international équatorien, redoutable en un-contre-un, explique sans doute la prudence de Benitez au moment de choisir son côté gauche.

A l’instar de Chelsea face à Tottenham il y a quelques semaines, United démarre le match en abandonnant la possession aux pensionnaires d’Anfield. Les Mancuniens s’appliquent à bien occuper la largeur du terrain tout en jouant assez bas pour ne pas offrir de profondeur au meilleur joueur adverse (Torres pour ceux qui ne suivraient pas). Le ballon récupéré, ils tentent d’éviter le pressing habituel des Reds en cherchant directement Rooney ou Berbatov, chargés de tenir le ballon en attendant le soutien de leurs deux ailiers. Mais Liverpool trouve très vite la parade : défensivement, le trio Agger-Carragher-Mascherano encadre les deux attaquants adverses qui sont ensuite pris par le retour de Leiva ou d’un latéral en soutien. Evra pratiquant l’individuelle sur Kuyt, celui-ci repique régulièrement plein axe pour ouvrir l’aile droite aux incursions de Benayoun ou Leiva, beaucoup moins scotché à Mascherano par rapport à son match à Chelsea. C’est sur ce schéma que Liverpool crée le premier décalage de la partie conclu par un tir non-cadré de son jeune Brésilien.

A défaut de décalage, Manchester doit attendre le quart d’heure de jeu pour ne serait-ce qu’approcher la surface de Reina sur une action construite au sol. Petit à petit, les Red Devils arrivent à tenir un peu plus le ballon : l’opposition entre dans une nouvelle phase avec un Liverpool qui presse et tente de trouver rapidement ses attaquants et Manchester qui réplique par des contres utilisant toute la largeur du terrain. L’enchaînement « long ballon, combinaison Rooney-Berbatov, transversale vers Valencia, centre et quatre joueurs qui ne peuvent pas reprendre » illustre bien le projet des Mancuniens, tout comme le 3 contre 2 mal négocié par Liverpool avec un ballon gagné dans les pieds de Scholes dans le rond central. Aux alentours de la demi-heure de jeu, Carrick et Scholes font reculer Leiva et Mascherano. Le milieu de United joue un cran plus haut et multiplie les ouvertures vers les quatre de devant. Craignant sans doute le jeu en profondeur de Torres, la défense mancunienne reste un peu en retrait et l’Espagnol en profite pour abandonner la pointe de l’attaque à Kuyt et jouer entre les lignes, Benayoun glissant à droite.

Au retour des vestiaires, la donne ne change pas. Liverpool parvient par moments à mettre une vraie pression sur United pendant plusieurs minutes sans que la réciproque n’existe. Et pour cause, les Reds coupent très intelligemment les quatre offensifs du reste de l’équipe, notamment les latéraux, Evra et O’Shea, qui ne parviennent pas à apporter le surnombre dans les 20 derniers mètres. Alors que Giggs, Rooney et Berbatov permutent beaucoup, Valencia prouve qu’il a encore du travail à faire pour s’intégrer dans le système de Ferguson puisqu’il ne va pas quitter son couloir droit de la première à la dernière minute. Comme face à Chelsea (l’analyse ici), les hommes de Benitez se lâchent enfin après la 50ème minute grâce aux apports de Johnson et Insua sur les ailes. Mais attention… En prenant ce genre de risques, ils offrent des possibilités de contres à des Mancuniens qui, malgré leur difficulté pour construire, savent toujours aller très vite lorsque l’équipe adverse n’est pas replacée. Berbatov et Carrick profitent des coups-francs obtenus grâce à ses remontées de balle rapides pour placer leurs têtes, à côté.

Finalement, la lumière vient du côté de Liverpool sur une phase de jeu somme toute classique des Reds : un ballon gagné par le pressing de Kuyt au milieu de terrain, Benayoun qui trouve Torres dans la profondeur d’une passe lumineuse entre Evra et Ferdinand et l’Espagnol qui termine le taf en résistant au retour de l’international anglais pour envoyer un boulet dans les filets de Van der Sar. Quatre minutes plus tard, le même Benayoun, excellent dans son rôle d’ailier intérieur, donne un nouveau bon ballon à Kuyt qui ne conclut pas. A défaut de doubler la mise, Liverpool prend enfin vraiment le dessus sur United. Sentant le match lui échapper, Ferguson change de plan. Evra joue plus haut, Giggs abandonne son couloir pour prendre la poste de Scholes, remplacé par Nani. Owen entre aussi en jeu à la place de Berbatov pour choper les ballons qui traîneraient dans la surface des Reds. Dans l’autre camp, on attend la bonne opportunité pour plonger dans le dos des latéraux. Manchester prend place dans la moitié de terrain adverse. Alors que Carrick envoyait ses longs ballons depuis le rond central, c’est désormais Ferdinand qui s’en charge.

Histoire de gêner ces relances, N’Gog remplace Torres. Liverpool joue très bas et Valencia loupe l’égalisation en frappant la barre à sept minutes de la fin. Dans la foulée, Carrick stoppe un contre dans le rond central et lance directement Owen, stoppé irrégulièrement par Carragher. Le coup-franc termine dans la niche de Reina. La fin de match atteint un haut niveau d’intensité. N’Gog gagne un ballon dans les pieds de Giggs ; lancé en profondeur, Kuyt est stoppé irrégulièrement par Vidic qui prend son second carton jaune. Assez bizarrement, Skrtel remplace Benayoun pour densifier un peu plus le bloc des Reds qui se font peur mais tiennent le coup. Et, comme dans un (son) rêve, N’Gog clôt la marque à la 96ème minute seul face à Van der Sar en profitant d’un très bon service de Leiva. Qu’on se le dise, Liverpool est sur le retour. De ce match, Benitez pourra retenir que ses joueurs n’ont jamais subi un gros temps fort adverse et qu’en plus de Benayoun et Torres, Lucas Leiva semble franchir un vrai palier au niveau de l’apport offensif qu’il se doit d’apporter en tant que numéro huit. En attendant Gerrard et Aquilani…

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